analyse

Brexit, le vote des oubliés de la globalisation

Le Royaume-Uni a choisi de quitter l'Union européenne. L'ampleur du vote protestataire a été sous-estimée 

Ils se sont tous trompés. Les sondeurs, les analystes, les états-majors politiques et même les bookmakers avaient prédit une courte victoire pour le remain (le camp des partisans de l'UE) mais les électeurs britanniques en ont décidé autrement. A 51,9%, ils ont décidé de quitter l'UE. Comment expliquer ce résultat surprenant?

Le vote des oubliés de la globalisation

Certes les deux principaux partis, le labour et les conservateurs, étaient divisés, mais leurs leaders respectifs ont fait campagne pour le remain. Seul le parti euro-sceptique Ukip a choisi le camp du Brexit, tous les autres partis étant en faveur du remain et se retrouvent aujourd'hui désavoués par les électeurs.

Le vote contre l'Europe transcende donc les frontières partisanes. La peur de l'immigration a joué un rôle important mais ce n'est pas la seule raison pour expliquer l'ampleur du camp du leave. Parmi les électeurs qui ont voté contre l'Europe, beaucoup sont des oubliés de la globalisation. Ils ne voyagent pas, n'étudient pas à l'étranger, n'ont pas de travail et ne voient pas les bénéfices de l'UE pour le Royaume-Uni. En revanche, Bruxelles est un bouc-émissaire à tous leurs maux: si les loyers sont hors de prix, c'est à cause des étrangers qui se sont installés en Grande-Bretagne; s'ils n'ont pas d'emploi, c'est parce les citoyens européens passent avant eux sur le marché de l'emploi; si le système de santé croule sous les dettes, c'est parce que Londres donne trop d'argent au reste de l'UE et n'a plus de quoi financer ses institutions. L'ampleur de ce vote protestataire a été sous-estimée.

La victoire de Boris Johnson

Les partis politiques portent aussi une responsabilité. Les conservateurs se sont montrés divisés et le ténor du parti, l'ancien maire de Londres Boris Johnson, s'est montré particulièrement doué pour mener la campagne en faveur du leave. Il a bénéficié du soutien de la base du parti et d'un grand nombre de députés. Il a mis son éloquence et sa popularité au service d'une campagne très bien orchestrée. En face de lui, du même parti, mais en désaccord sur l'UE, David Cameron est rentré tardivement dans la campagne et est resté trop en retrait.

Lire aussi:  Comment Boris Johnson a inventé l’europhobie britannique

On retrouve le même problème chez les travaillistes. Après avoir hésité sur quel camp choisir, remain ou leave, le chef du parti Jeremy Corbyn a défendu mollement le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE. Désormais, des voix s'élèvent pour appeler à sa démission. Rien n'est venu non plus du côté des libéraux-démocrates (Lib-Dem) de Nick Clegg: ils ont été incapables de se faire entendre. A la fin, en face d'une machine à gagner menée par Boris Johnson, le camp pro-européen n'a pas eu de vrai leader et s'est montré presque atone. La carte est très claire, les régions les plus riches et les plus cosmopolites, Londres et Oxford par exemple, ont voté pour le remain. En revanche, les zones pauvres, notamment le nord de l'Angleterre ont massivement voté pour le leave. 

Explorez le contenu du dossier

Publicité