Les BRICS affichent leur volonté de s’affranchir des institutions financières mondiales. Lors de leur cinquième sommet qui s’achevait mercredi à Durban (Afrique du Sud), les cinq pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont annoncé la création d’une banque de développement commune destinée à financer des projets d’infrastructures. Les BRICS se sont aussi mis d’accord pour constituer un pot commun doté de 100 milliards de dollars pour se prémunir contre les risques de crise économique.

Objectif: contourner la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) – principales sources d’appui financier pour les pays en développement. Mais aussi se doter d’un levier pour affirmer leur présence politique sur la scène internationale. Les cinq pays représentent 43% de la population mondiale et un quart de sa richesse. Or, les institutions de Bretton Woods restent dominées par les Occidentaux. L’année dernière encore, Washington a soutenu Jim Yong Kim, un Américain, pour prendre la direction de la Banque mondiale. Une banque commune permettrait aux BRICS de «prendre appui sur le pool de réserves qu’ils constituent pour peser davantage dans l’économie internationale, capter l’épargne internationale pour financer leurs infrastructures et définir leurs propres règles de gouvernance», résume Yohan Ariffin, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut d’études politiques et internationales de l’Université de Lausanne.

La Chine se place en première ligne pour prendre l’ascendant sur un tel projet. Elle pèse vingt fois plus que l’Afrique du Sud et quatre fois plus que la Russie. «La Chine possède d’immenses réserves de change, principalement investies dans les bonds du Trésor américain. Les économies émergentes songent à réorienter cette manne vers des investissements qui les concernent directement», relève Ugo Panizza, professeur d’économie internationale à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève.

Désaccords

De nombreux doutes subsistent toutefois sur les capacités des pays émergents, très divisés, de faire front pour contrebalancer les institutions existantes. «La Banque mondiale a été créée par des pays possédant une grande homogénéité sur le plan des régimes économiques et politiques. Ce n’est pas le cas des BRICS, qui se définissent d’abord autour de leur exclusion de l’OCDE et du G8 (hormis la Russie)», souligne Yohan Ariffin. Déjà des désaccords pointaient hier sur le montant et le mode de répartition du capital de la future banque de développement. Certains pays penchent pour un financement en fonction du poids économique de chacun, quand d’autres préconisent une répartition égale de 10 milliards de dollars, ce qui permettrait notamment de contourner l’hégémonie de la Chine. «La Banque mondiale a été créée par les Etats-Unis sur la base d’une doctrine libérale. L’avenir dira si les BRICS seront en mesure de dépasser leurs divergences pour formuler une doctrine du développement cohérente. A priori, c’est peu probable», estime Yohan Ariffin.