FRANCE

Brigitte Macron, une «présidente» assiégée

L’épouse d’Emmanuel Macron avait largement contribué à la popularité de son mari lors de sa course à l’Elysée. La crise des «gilets jaunes» l’a transformée en cible favorite de la France en colère contre le président

Difficile d’imaginer, cette année, quelques jours de ski à La Mongie. En décembre 2017, Brigitte Macron et son époux goûtent à la neige dans la station des Pyrénées proche de Bagnères-de-Bigorre, terre d’origine de «Manette», la grand-mère maternelle tant aimée du président français, décédée en 2013. A leurs côtés? Un collaborateur nommé… Alexandre Benalla. L’heure est encore, alors, aux compliments dans les rues et les boutiques, où «Brigitte» s’attarde pour des emplettes comme elle le fait au Touquet, la cité balnéaire nordiste où le couple possède une villa. Un an et demi plus tard, pentes pyrénéennes et week-end conjugal semblent hors d’atteinte en plein «grand débat national»: «Le vent a plus que tourné, reconnaît un photographe habitué à suivre la «première dame». Ce couple hier modèle parce que intergénérationnel et provincial est devenu l’objet d’une détestation revendiquée. Partout, leur accueil peut déraper…»

«Pour elle, on n’existe pas»

«Première dame»: l’expression – qui ne correspond pas à un statut officiel en France – est même devenue taboue dans les rangs de la Macronie. A l’Assemblée, où les jeunes députés de La République en marche (LREM) se vantaient, au début du quinquennat, d’avoir été conviés par Brigitte Macron à l’Elysée pour discuter de la jeunesse ou de la sauvegarde du patrimoine, questions chères à cette enseignante, son nom a disparu des conversations. Motif? «La haine contre lui a débordé en défiance politique vis-à-vis de leur couple», peut-on lire dans Madame la présidente (Ed. Plon).

Les femmes âgées de plus de 50 ans, nombreuses sur les ronds-points occupés par les «gilets jaunes» en province, sont les plus agressives. «Leur histoire est très respectable, nous confiait, en février, une des meneuses du mouvement à Yvetot (Normandie). Le fait qu’elle conserve, à 65 ans (elle est née le 13 avril 1953), l’amour de son mari de vingt-quatre ans plus jeune (il est né le 21 décembre 1977), est une formidable leçon. Mais quelle image donne-t-elle depuis son élection? On ne la voit qu’avec des jeunes, habillée comme les jeunes par les grands couturiers. Et nous? Pour elle, on n’existe pas. Elle n’a d’yeux que pour la réussite.»

Cette biographie, écrite par Ava Djamshidi et Nathalie Schuck, est à contre-courant. Au début de février, un sondage publié par le magazine people Closer a révélé que 79% des Français s’opposent toujours à ce que les activités officielles de Brigitte Macron fassent l’objet d’un budget dédié. Un signe? «Oui, car une ligne budgétaire existe de toute façon (environ 300 000 euros en 2018 selon la Cour des comptes, sans inclure les salaires de son conseiller et de son secrétariat imputés sur le budget présidentiel). C’est l’idée de valoriser sa fonction et son rôle qui ne plaît pas», détaillaient récemment les auteures à France Info.

Lire aussi: Emmanuel Macron, une popularité naufragée

Fautes de goût

«L’idée qu’elle se mette en avant ne passe plus», complètent-elles, alors que Brigitte s’applique: «Avant chaque visite de personnalité à Paris, elle répète les programmes chronométrés du protocole. Elle se fait imprimer des plans et des clichés des précédents dîners d’Etat. Elle emmagasine le plus de références possible.»

Une «pro», comparée dans leur livre à Claude Pompidou, l’épouse du président décédé durant son mandat en 1974. Une femme de tête saluée pour son goût des arts, mais cible de nombreuses rumeurs côté vie privée: «Comme elles se ressemblent! Même blondeur, même silhouette. Même prestance, toujours en haute couture, Chanel pour l’une hier, Vuitton aujourd’hui. Mêmes critiques sur leur goût du luxe et leurs jambes trop dénudées. Même attirance pour les artistes…» Sans parler des similitudes conjugales: «Avec leurs époux tous deux passés par la banque Rothschild, elles partagent la même relation fusionnelle.» Les deux couples partagent aussi le fait de ne pas avoir d’enfants (un fils adopté par les Pompidou; trois enfants de son premier mariage pour Brigitte Macron).

Pourquoi, alors, un tel dérapage dans l’opinion pour l’actuelle «présidente»? «Elle a le goût des élèves, mais pas celui du peuple. Comme son mari qui vénère les profs et parle comme eux», lâche une ancienne collaboratrice de l’Elysée. S’y ajoutent, selon les sondeurs, des fautes de goût, comme la photo prise en juin 2018, à l’Elysée, avec des danseurs noirs torse nu à l’allure provocante. C’est à cette époque que s’est noué, dans l’opinion, le premier décrochage des retraités, leur rupture avec ce jeune président qu’ils avaient contribué à faire élire. Des retraités qui ne reconnaissent plus Brigitte Macron comme faisant partie de leur génération: «En clair, Brigitte Macron doit s’inspirer bien plus de Bernadette Chirac ou d’Yvonne de Gaulle que de Carla Bruni (l’épouse de Nicolas Sarkozy). Sauf qu’elle s’est découverte avec celle-ci beaucoup d’affinités…» racontent ses deux biographes.

Lire également l'opinion: Quels actes après la lettre d'Emmanuel Macron?

Vaisselle pour le palais et nostalgie de la noblesse

Dans ce pays prompt aux colères révolutionnaires qu’est la France, l’éruption anti-Brigitte est aussi devenue sociale, teintée de lutte des classes. Le fait qu’elle ait commandé une nouvelle vaisselle pour le palais de l’Elysée (fabriquée pourtant à la manufacture de Sèvres) est souvent cité par les «gilets jaunes», qui oublient qu’elle a peu changé le mobilier du palais et qu’elle a acheté à ses frais des lits superposés pour ses petits-enfants chez… Ikea. De son parcours professionnel d’enseignante, l’on ne retient désormais que les lycées chics et jésuites (La Providence à Amiens, Franklin à Paris).

Derrière la provinciale réapparaît la grande bourgeoise, dont la famille Trogneux était bien mieux lotie financièrement que les Macron. Ses efforts pour réhabiliter le patrimoine avec son ami Stéphane Bern deviennent des arguments pour la présenter comme nostalgique de la noblesse, voire de la monarchie. Comme si la «malédiction de l’Elysée», ce palais où les épouses ont toujours enduré avec difficulté les mandats présidentiels de leurs maris, l’avait aussi frappée. Celle qui plaisait parce qu’elle incarnait à la fois expérience et transgression est devenue une première dame assiégée, tombée dans le fossé qui sépare aujourd’hui son mari d’une partie des Français.

Publicité