L’histoire

La Chine étale son appétit territorial à la page 8 de son nouveau passeport à puce électronique. Une carte du pays y est imprimée et selon ce nouvel atlas de poche, l’Empire du milieu avale la mer de Chine méridionale et conquiert des montagnes dans l’Himalaya. Autant de territoires et d’îles dont la souveraineté est disputée: la Malaisie, les Philippines, le sultanat de Brunei, le Vietnam et Taïwan ont hissé leurs drapeaux sur les archipels des Spratleys et des Paracels. Quant à l’Inde, elle contrôle l’Arunachal Pradesh et réclame la restitution de l’Aksai Chin, administré par la Chine depuis la guerre de 1962.

Les dents ont grincé dans les chancelleries asiatiques: le Vietnam et les Philippines ont officiellement protesté auprès des ambassades chinoises d’Hanoï et de Manille. Et le ministre indien des Affaires étrangères a jugé inacceptable la nouvelle géographie de Pékin. En rétorsion, les douaniers vietnamiens ne tamponnent plus les passeports chinois, mais une feuille séparée. Quant à l’Inde, dans une contre-offensive audacieuse, elle appose en guise de visa, une carte rectifiée.

Cette bataille des passeports est le dernier épisode de la guerre que livre Pékin pour asseoir ses ambitions sur des territoires d’importance stratégique et économique: un axe routier dans les montagnes à la lisière du Tibet et les richesses de la mer de Chine, des eaux poissonneuses, du pétrole et du gaz. Etrangement, les îles Senkaku, appelées Diaoyu en chinois, revendiquées à la fois par la Chine et le Japon, ne figurent parmi les territoires annexés sur le papier. Un doute plane dès lors: les Japonais ont-ils gagné leur bras de fer diplomatique ou ces îles sont-elles trop petites pour apparaître sur la page du passeport?