revue de presse

Bruce Reynolds, le gentleman cambrioleur du train postal

Il est mort, le cerveau de la mythique attaque du train postal Glasgow-Londres, en 1963. Les médias rendent hommage à un homme racé et malin comme un renard. Il fut notamment incarné par David Niven au cinéma

Ils s’étaient emparés de 120 sacs de billets de banque. Et partagé son contenu mirifique: une somme record pour l’époque – le 8 août 1963: 2,6 millions de livres sterling, soit l’équivalent de 56,5 millions de francs actuels! Dans le classement des casses du XXe siècle, l’attaque du train postal Glasgow-Londres figure au deuxième rang. Elle avait été perpétrée par un gang de 18 personnes, dirigées par Bruce Reynolds, lequel vient de rendre son dernier souffle, quelques mois avant le jubilé de ce hold-up qui a inspiré plusieurs livres et films.

En francophonie, on pense évidemment tout de suite au Cerveau, le film de Gérard Oury, avec l’irrésistible duo composé de Belmondo et Bourvil. Qui prévoient, dans cet opus comique, un coup fabuleux: l’attaque d’un train spécial transportant de Paris à Bruxelles les fonds secrets de l’OTAN. Mais hélas pour eux, une autre bande est sur le coup, celle qui justement réalisa le fameux précédent historique, sous les ordres du «Cerveau». Un homme dont la tête est si lourde que, sous le coup de l’émotion, il est incapable de la maintenir droite: c’est le sublime colonel Carol Matthews, interprété par le non moins irrésistible David Niven.

Un parcours rocambolesque

A ce stade, vous êtes certainement «raccord» pour redécouvrir l’histoire de ce crime parfait, que raconte le New York Times avec délices. Le conducteur du train, grièvement blessé, «survécut, mais il ne put jamais reprendre le travail» après la frayeur de sa vie. Les gangsters avaient été rapidement identifiés et repérés, mais la suite de l’histoire de Bruce Reynolds est rocambolesque, qui avait fui en Amérique centrale pour jouir en toute tranquillité de ses biens mal acquis.

Après une cavale de cinq ans, il «avait été arrêté en 1968 et condamné à vingt-cinq ans de prison, indique Le Matin, via l’AFP. Libéré en 1978, il avait de nouveau écopé, dans les années 1980, de trois ans de prison pour trafic d’amphétamines.» Quant au butin ferroviaire, il n’a jamais été retrouvé, sauf quelques misérables coupures. Mieux: «En 2001, il s’était rendu au Brésil pour tenter de convaincre un des membres du gang, Ronnie Biggs – devenu une véritable légende après son évasion de prison en 1965 – de rentrer au Royaume-Uni.»

Mythifié

Reynolds «a captivé le public comme personne, juge l’Independent, incarnant l’archétype du petit gars sans le sou qui a réussi» à s’enrichir au-delà de toute espérance. «Ses camarades le surnommaient Napoléon», ce «faux héros romantique» dont la Grande-Bretagne est tombée amoureuse. Jusqu’à accéder au rang d’un mythe, minutieusement entretenu par les médias des années durant. Il était «fan de jazz», aussi, comme le rappelle le Guardian, avec son look soigné, ses lunettes classe, ses mèches ondulées et sa moustache généreuse, qui citait Norman Mailer et Scott Fitzgerald comme ses auteurs favoris.

«Un parfait gentleman», en somme, comme le dit Metro UK. Et un auteur prisé, rappelle le Los Angeles Times: il faut lire sa passionnante Autobiography of a Thief: The Man Behind The Great Train Robbery (Ed. Virgin Books). Pour parfaire le tableau, il fut aussi rocker à ses heures, jouant parfois avec son fils Nick dans le groupe Alabama 3. Lequel s’est rendu célèbre bien avant le thème de la série TV Les Sopranos avec ce tube folk: «Have You Seen Bruce Richard Reynolds?» (voir la vidéo musicale sur YouTube).

Un Anglais pur sucre

Aujourd’hui, même le Wall Street Journal est obligé de reconnaître que ce guet-apens avait fait sensation au plan international. Pensé par un cerveau «anglais pur sucre qui a passé le plus clair de son temps sur le mauvais côté de la route», observe le Daily Mirror. Mais cette fois, le cerveau a disjoncté pour toujours, entraînant dans le sillage de sa mémoire le parfum ensorcelant du gentleman cambrioleur faisant la nique au monde entier.

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