«Fire and Fury»

Le brûlot sur Trump relance le débat sur sa stabilité mentale

Des librairies ont commencé à vendre le livre de Michael Wolff «Fire and Fury» hier soir à minuit. Elles sont déjà en rupture de stock. L’ouvrage provoque un véritable tsunami aux Etats-Unis et touche la corde sensible du président: son narcissisme. Les anecdotes racontées par le journaliste et les tweets présidentiels de ce début d’année interrogent sur l’état psychique de Donald Trump

Quels que soient les doutes qu’on peut invoquer au sujet de l’auteur du livre Fire and Fury: Inside the Trump White House, Michael Wolff, l’ouvrage a provoqué un véritable tsunami aux Etats-Unis. Jeudi soir à minuit, la librairie Kramerbooks à Washington a ouvert ses portes pour mettre en vente le brûlot. En moins de vingt minutes, elle avait déjà épuisé son stock. L’éditeur a passé outre la demande de l’avocat de Donald Trump exigeant la non-publication du livre. Il l’a justifié ainsi: «Fire and Fury est une extraordinaire contribution au discours sur la nation.»

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Impact du livre

La publication de ce brûlot est un événement dont les répercussions pourraient être considérables, «même si seulement 50% de ce que raconte Michael Wolff devait être vrai», explique un observateur prudent. L’enquête sur la collusion possible entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie pourrait s’accélérer après les propos de Steve Bannon. L’ex-conseiller stratégique de la Maison-Blanche raconte dans l’ouvrage que la réunion entre le fils Trump, son gendre Jared Kushner, Paul Manafort, ex-chef de la campagne électorale, et des Russes dont une avocate proche du Kremlin à la Trump Tower de Manhattan était «assimilable à de la trahison». Il relève que l’enquête du procureur spécial Robert Mueller est loin d’être close, ce dernier s’intéressant notamment aux aspects concernant le blanchiment d’argent. Steve Bannon serait, avance-t-on à Washington, déjà en train de coopérer avec le procureur spécial.

Le président des Etats-Unis souffrirait, selon certains psychiatres, d’un «narcissisme malfaisant»

Si plusieurs journalistes s’interrogent sur la véracité des propos recueillis par le journaliste new-yorkais, force est de constater que Fire and Fury touche là où ça fait mal: l’ego du président des Etats-Unis qui souffrirait, selon certains psychiatres, d’un «narcissisme malfaisant». Le livre lève en tout cas un voile inédit sur la vie personnelle de Donald Trump à la Maison-Blanche, où il a emménagé avec réticence. Certains aspects mentionnés dans l’ouvrage dépeignent un président déconnecté des affaires du monde et reclus dans un univers personnel.

A son arrivée à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2017, Donald Trump a d’emblée exigé de pouvoir fermer à clé la porte de sa chambre à coucher, provoquant une «brève dispute avec le service de sécurité qui insistait sur la nécessité d’avoir accès à la chambre», écrit l’auteur. Il a aussi voulu faire chambre à part avec la First Lady, Melania. Reconnaissant lui-même être germophobe, Donald Trump est présenté par Wolff comme un être craignant d’être un jour empoisonné. Le personnel de maison s’est fait réprimander pour avoir ramassé une chemise jonchant le sol de sa chambre. Il n'est pas autorisé à toucher quoi que ce soit, surtout pas sa brosse à dents. Cette obsession de l’hygiène est l’une des raisons, explique le journaliste, pour laquelle «il aimait manger au McDonald’s où personne ne savait qu’il allait manger et où la nourriture était déjà préparée».

Le téléphone pour rester connecté au monde

Ouvrant une fenêtre sur le fonctionnement du président américain, Michael Wolff relève que lorsque Donald Trump ne dînait pas avec son chef stratège Steve Bannon à 18h30, il «passait son temps au lit avec un cheeseburger avec ses trois postes de télévision allumés et donnait des coups de fil. Le téléphone était le vrai moyen de rester en contact avec le monde.» Dans ses conversations téléphoniques, il «spéculait sur les défauts et faiblesses de chaque membre de son équipe. Bannon était déloyal. Priebus (chef de cabinet pendant quelques mois) était faible. Kushner (genre du président) était un lèche-bottes. Sean Spicer (porte-parole de la Maison-Blanche rapidement limogé) était stupide. Conway (conseillère de Trump) était une pleurnicheuse. Jared (Kushner) et Ivanka (Trump) n’auraient jamais dû venir à Washington.»

Trump va empirer et sera incontrôlable, avec la pression croissante liée à la fonction de président

Bandy X. Lee, professeure en psychiatrie de l’Université Yale

Le 6 février 2017, explique le livre, le président a craché tout son venin au téléphone à propos de Jeff Zucker, le patron de CNN. Pour Donald Trump, l’attitude de la chaîne envers lui est inqualifiable. Elle l’est d’autant plus que Zucker était le PDG de NBC où Trump animait l’émission The Apprentice et qu’il a ainsi permis à Zucker «de devenir quelqu’un». Selon Michael Wolff, ce qui rend la vie digne d’être vécue pour le locataire de la Maison-Blanche, c’est «d’attirer les femmes de ses amis dans son lit». Il invitait ainsi des amis à venir dans son bureau, à les interroger sur leur vie sexuelle tout en permettant à leur épouse d’écouter la conversation à distance.

«Son état mental se détériore»

Le brûlot de Wolff contient peut-être de nombreuses inexactitudes, mais il met en lumière un trait de caractère qui inquiète de plus en plus Washington: l'instabilité mentale du président. Début décembre, une dizaine de membres du Congrès, tous démocrates sauf un, ont été briefés sur la question par Bandy X. Lee, psychiatre de l’Université Yale. La professeure leur a d’emblée lancé un avertissement: «Son état mental va se détériorer. Nous en voyons déjà les signaux.» Elle en veut pour preuve son recours régulier aux théories du complot, le déni de choses qu’il avait admises auparavant et son attrait pour des vidéos violentes, explique-t-elle à Politico. Elle ajoute: «La rafale de tweets [qu’il a postés] indique qu’il se décompose sous le stress. Trump va empirer et sera incontrôlable, avec la pression croissante liée à la fonction de président.»

Un tweet posté mardi par Trump expliquant qu’il avait un plus gros bouton nucléaire que le leader nord-coréen, Kim Jong-un, provoque de vives interrogations à Washington, même au sein du son propre parti. Or les républicains avaient oublié le problème, célébrant allègrement avec Donald Trump le passage de la réforme fiscale à la fin de l’année.

Le commentateur néo-conservateur Bill Kristol tweetait à son tour mercredi: «Je suis certain que le vice-président a demandé à son avocat-conseil de préparer un document sur le transfert de pouvoir conformément à la section 4 du 25e amendement» autorisant à relever un président de ses fonctions en cas d’incapacité mentale ou physique à les exercer. Se confiant à Politico, l’ancien avocat en chef des questions éthiques à la Maison-Blanche sous George W. Bush, Richard Painter, n’est pas moins alarmiste: «Ce tweet seul suffit à relever le président de ses fonctions […]. Cet homme ne doit pas avoir accès à l’arme nucléaire.»

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