Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Bruno le Maire déclare: "En 2017, les français voudront tourner la page d'un vieux système. Ils ne veulent plus des mêmes têtes".
© Eric Garault

Portrait

Bruno Le Maire, le troisième homme

Pour le candidat aux primaires de la droite face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, l’essentiel est de transgresser. Une panoplie de rebelle pour ce pur produit 
de l’élite, rompu aux calculs politiques

Et si Bruno Le Maire n’était pas candidat aux primaires présidentielles de la droite française? Et si l’intéressé, qui dialogue depuis une heure avec quelques correspondants étrangers à Paris, avait renoncé à la politique? «Je serai ambassadeur à Rome ou aux Etats-Unis, lâche-t-il d’un trait, sans ciller. J’occuperai des fonctions prestigieuses, mais je penserai pareil: en 2017, les Français voudront tourner la page d’un vieux système. Ils ne veulent plus des mêmes têtes.»

Le «bunker» de Chirac

Le doute et l’humilité n’existent guère chez celui qui, mardi à Vesoul (Haute-Saône), a franchi le pas, en décidant d’affronter cet automne les trois «dinosaures» de son camp: l’ancien président Nicolas Sarkozy et les ex-premiers ministres Alain Juppé et François Fillon. Impossible, chez lui, de déceler la moindre «tentation de Venise», cette envie de tout lâcher que Juppé, avant d’accéder à Matignon en 1995, avait théorisé dans un livre. Bruno Le Maire est du genre hussard, sans cesse à l’affût d’une brèche à exploiter pour rentrer dans le grand jeu du pouvoir plutôt que pour s’en extirper.

Lire aussi: Nicolas Sarkozy, patron distancé de la droite française 

Encore sur les bancs strasbourgeois de l’ENA (promotion Valmy), l’homme sollicite un rendez-vous auprès du flamboyant Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac. Coup de foudre. Deux cerveaux-TGV dévorés d’ambition. «A l’époque, Chirac bétonnait son bunker face à Lionel Jospin. L’Elysée ressemblait à Fort Alamo», raconte Franz-Olivier Giesbert dans sa biographie de l’ancien président (Ed. Flammarion). Or Bruno Le Maire rêve de conquête: «Il est très vite devenu celui qui pose les cartes et désigne les cibles avec sang-froid», se souvient un journaliste qui le côtoya au moment de la vénéneuse affaire Clearstream, sous laquelle Dominique de Villepin espéra en vain enterrer Sarkozy.

La partition que le député Les Républicains de l’Eure joue depuis deux ans est à l’opposé. Auprès de Dominique de Villepin, dont il dirigea ensuite le cabinet à Matignon, Le Maire était un chef d’état-major. Froid. Calme. Posé face à son tempétueux patron. Son registre maintenant? «L’effondrement et le changement, explique-t-il au Temps. Je ne suis pas du tout le même homme qu’en 2012. J’ai maillé le territoire comme peu l’ont fait. J’ai des comités de soutien jusqu’au fin fond de la Guyane. J’ai travaillé à mon projet sept jours sur sept.» Pause.

Quelle différence? Quoi d’autre qu’une énième rupture comme l’avait proposé, en 2007, Nicolas Sarkozy, dont il admire sans l’avouer la «niaque» après l’avoir traité de «danger pour la France» lors de son retour en politique, à l’automne 2014: «Je suis le seul à droite qui ose transgresser. Je dis que les hauts fonctionnaires élus doivent démissionner de l’administration comme je l’ai fait pour entrer en politique. Je préconise l’envoi de troupes au sol, au sein d’une coalition, pour en finir avec l’Etat islamique. Je dénonce la médiocrité qui est devenue reine en France. Je tire le signal d’alarme sur le Waterloo européen, quand l’Union cède tout à l’Angleterre.»

Personnage napoléonien

Son programme, à 47 ans, correspond au rôle qu’il entend jouer: celui du troisième homme résolu à coiffer sur le poteau ses adversaires au moins sexagénaires, après avoir créé la surprise en empochant 30% des voix lors de l’élection du président de l’UMP, face à Sarkozy. «Pour exister, il doit frapper aussi fort que Sarko, labourer le terrain comme Fillon et impressionner comme Juppé. Ce n’est pas un candidat: c’est un spectacle d’imitations multiples», rigole le député PS René Dosière.

«L’imitateur» est arrivé sans cravate et à pied au restaurant parisien qui abrite notre rencontre, en contrebas du Panthéon. Sa gestuelle? Des yeux bleus qui vous traquent. Une façon très énarque et très française de tout ramener à l’Etat. Des expressions ciselées, doublées tantôt d’un culot populaire appris au Ministère de l’agriculture, lorsqu’il se retrouva «au cul des vaches», tantôt d’une référence à l’Allemagne ou à l’Italie, dont il parle les langues. Comme ces familiers de l’ancien régime qui, le moment venu, surent s’afficher aux côtés des révolutionnaires puis s’imposer dans le chaos.

«Lui et Villepin sont des personnages napoléoniens, nous expliquait en 2014 l’ancien ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy. Ils jouent aux soudards. Mais avec quoi ont-ils rompu?» Au nom du «renouveau» dont il a fait son slogan, Bruno Le Maire déboulonne les vieilles lubies de droite pour séduire les jeunes. Tout en promettant de ne rien «céder sur les valeurs» afin de rassurer ceux que son pedigree impeccable (lycée Saint-Louis-de-Gonzague à Paris, marié à une belle aristocrate) et son parachutage non moins parfait en Normandie (où il a hérité du fief de Jean-Louis Debré, parti au Conseil constitutionnel) ne suffisent pas à convaincre.

Côté Sarko: l’éloge de l’autorité et le flirt avec les thèses Front national. Côté Juppé: le recours et l’union nationale. Côté Fillon: un improbable plaidoyer libéral. Côté Le Maire: âge, volonté, proximité, avenir. Le mariage homosexuel? Il s’est abstenu lors du vote, puis s’est prononcé pour. Les mœurs? «Elles changent, mais la qualité de notre éducation et celle de nos engagements conjugaux doivent en être les gardiens impérieux», clame ce lettré qui, dans son premier livre Le Ministre (Ed. Grasset), racontait se faire caresser le sexe par son épouse dans son bain.

Pas de messe dominicale pour ce catholique, mais la promesse que «l’Etat ne se soumettra pas aux religions». Pas d’éloges de la disruption technologique, mais une omniprésence dans les médias sociaux. Le tout ponctué de saillies «normales»: «Je conduis ma voiture. Je fais le plein. Je n’accepterai pas le nivellement par le bas de l’orthographe pour mes fils (il en a quatre) et mes futurs petits-enfants.»

Reste la politique. Pas celle des discours et des débats TV, auxquels Bruno Le Maire se prépare avidement, persuadé que sa prestance et son goût de la provocation le distingueront de ses rivaux. La politique interne aux «Républicains». La basse cuisine qui pourrait voir, demain, un Nicolas Sarkozy traqué par les juges renoncer aux primaires et l’investir, lui, comme son successeur. Fantasque? Délirant?

«Vous noterez qu’il ne ferme aucune porte, estime le politologue Roland Cayrol. Sa campagne est ouverte à toutes les droites, à la différence d’Alain Juppé qui entend ratisser à gauche. Il la joue comme Giscard en 1974, en moins libéral.» Réponse énervée de l’intéressé: «La vie politique française est devenue indigne. On ne raisonne plus que par calcul. Je ne mangerai pas de ce pain-là. Moi, j’ai encore plein de rêves.»

Profil

Avril 1969 Naissance à Neuilly-sur-Seine

1996 Diplômé de l’ENA, carrière diplomatique

2006 Directeur de cabinet du premier ministre Dominique de Villepin

2009 Ministre de l’Agriculture

2014 Candidat à la présidence de l’UMP face à Nicolas Sarkozy

A lire: «Bruno Le Maire, l’insoumis» 
(Ed. du Moment) et «Ne vous résignez pas!» (Ed. Albin Michel).

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a