La Grèce sera-t-elle le bouc émissaire pour expliquer l’échec de la stratégie européenne face à l’afflux des réfugiés et par conséquent, de la suspension de l’accord Schengen pour une durée de deux ans? Le doute est permis. En se basant sur un rapport intérimaire datant de novembre dernier, la Commission a conclu mercredi qu’Athènes avait «sérieusement négligé ses obligations» dans la gestion de la frontière de l’espace Schengen.

Si par la suite, le rapport intérimaire qui n’est pas rendu public obtient le feu vert d’une majorité qualifiée d’un comité d’évaluation des Etats membres, il déclenchera un plan d’action de la Commission, comprenant des mesures pour remédier aux lacunes observées dans la gestion de la frontière. Athènes aura alors trois mois pour les mettre en œuvre.

En cas de non-satisfaction, les Etats obtiendraient, selon l’article 26 du code Schengen, le feu vert pour prolonger les restrictions à la libre circulation des personnes. La Grèce elle-même serait suspendue de l’espace de la libre circulation qui comprend 23 pays européens et trois pays associés, dont la Suisse.

L’idée de prolonger les restrictions à la libre circulation durant deux ans a été faite une première fois en décembre dernier au Conseil européen. Elle a été reprise vendredi dernier par Joseph Daul, président du groupe conservateur au Parlement européen. Dans une interview à l’Euractiv, un journal en ligne, il a appelé à la suspension de la Grèce de l’espace Schengen. Johanna Mikl-Leitner, ministre autrichienne de l’Intérieur, a pris le relais lundi à Amsterdam lors de la réunion informelle des ministres européens de l’Intérieur. L’idée a fait surface hier à la Commission.

Que reproche-t-on à la Grèce? Selon le rapport, les autorités locales n’ont pas mis en place les cinqhotspots prévus pour identifier et enregistrer les réfugiés à leur arrivée et pour prélever leurs empreintes digitales. Il reconnaît toutefois la pression à laquelle sont soumises les autorités d’Athènes. Depuis l’été dernier, la Grèce est devenue le premier pays d’accueil du fait de sa proximité avec la Turquie qui compte plus de 2 millions de réfugiés syriens, irakiens et afghans.

C’est un Yannis Mouzalas, ministre grec à la Migration, dépité qui a récusé les accusations européennes. «Des améliorations importantes ont été réalisées depuis novembre et nous poursuivons nos efforts dans cette direction», s’est-il défendu lors d’un point de presse impromptu à Amsterdam. Mais le ministre a aussi accusé Bruxelles de n’avoir pas fourni à temps l’aide promise à Athènes pour mener à bien ses tâches.