Bruxelles craint un échec de la conférence de Paris sur le climat

Planète Le réchauffement supérieur à 2 degrés sera dépassé

Les objectifs de réduction de gaz à effet de serre annoncés jusqu’à présent par différents Etats aboutiraient à un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés. Le monde est plutôt sur la trajectoire d’une hausse de 2,9 à 3,1 degrés d’ici à l’an 2100. Un tel scénario produirait des conséquences irréversibles sur la planète.

La publication de ces données mercredi à Bonn par Climate Action Tracker (CAT), un organisme regroupant quatre laboratoires spécialisés dans le changement climatique, arrive à point nommé. L’ancienne capitale allemande accueille cette semaine l’avant-dernière réunion préparatoire de la Conférence sur le climat de Paris qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre 2015. Son objectif: réduire les émissions mondiales et contenir le réchauffement climatique dans une limite de 2 degrés à l’horizon de 2050. «Les Etats doivent collectivement faire plus d’efforts», conclut l’étude du CAT.

Autant dire que la pression monte sur les négociateurs. Pour sa part, l’Union européenne (UE) exhorte à mettre les bouchées doubles pour obtenir des résultats. Peu avant le début de la réunion de Bonn, le commissaire chargé du Climat, Arias Miguel Canete, s’est insurgé contre le projet d’accord «encore trop long» (83 pages). Le texte est par ailleurs truffé de parenthèses et d’annotations. Ce qui signifie autant de désaccords qui doivent être réglés d’ici à décembre.

«Nous avons une occasion en or de conclure un accord historique, mais en même temps, la fenêtre d’opportunité commence à se fermer», a mis en garde le commissaire. Il a rappelé que l’Union était la première à soumettre un engagement ambitieux qui est de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Epée de Damoclès

Si les Vingt-Huit se montrent ambitieux et se disent prêts à participer à l’effort mondial pour ralentir le réchauffement climatique, c’est qu’ils ont aussi quelques exigences. Ils demandent notamment de fixer des objectifs climatiques à plus long terme, c’est-à-dire réduire les émissions globales de 60% d’ici à 2050, par rapport à 2010 et d’atteindre la décarbonisation totale de la planète d’ici à 2100.

Mais surtout, les Européens tiennent à mettre sur pied un mécanisme pour assurer la transparence des actions prises par les pays après 2020, date à laquelle l’éventuel accord de Paris entrerait en vigueur.

Un brin moins pessimiste que le commissaire Arias Miguel Canete, Elina Bardram, cheffe de la délégation européenne, a estimé que «nous sommes plus proches d’un accord que nous l’étions au même moment avant Copenhague». En décembre 2009, la précédente conférence sur le climat s’était soldée par un échec retentissant. Un accord avait bel et bien été signé à la dernière minute, mais il n’engageait personne.

Le nerf de la guerre reste l’argent et pend comme une épée de Damoclès sur la conférence de Paris. Les pays les moins avancés demandent que les plus grands pollueurs assurent le transfert de technologie propre et donnent les moyens pour faire face aux conséquences du réchauffement. A Copenhague en 2009, la facture avait été estimée à 100 milliards de dollars par an après 2020. Cet objectif sera l’un des principaux sujets de discorde à Paris.

Cette question a été abordée hier à Bonn par un groupe de travail sur les conséquences du réchauffement climatique. Présidées par Franz Perrez, le chef négociateur suisse, et Fook Seng Kwok, son homologue singapourien, les discussions sont restées, selon nos informations, engluées dans des disputes de procédures.