Les portes ne sont pas fermées pour la Suisse à Bruxelles, il faut donc en profiter et venir régulièrement rappeler la volonté du Conseil fédéral de maintenir une «dynamique positive et de faire des gestes envers l’Union». C’est dans cet état d’esprit que la secrétaire d’Etat Livia Leu a effectué ce vendredi 17 septembre à Bruxelles une nouvelle visite aux institutions européennes.

«Monsieur Suisse»

Soucieuse de poursuivre l’opération de désescalade et de reprise des contacts lancée en juillet par Ignazio Cassis, qu’elle accompagnait –puis, récemment, par un groupe de parlementaires suisses– Livia Leu a rencontré cette fois Juraj Nociar, le chef de cabinet de Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission appelé à devenir «Monsieur Suisse», ainsi que la secrétaire générale de la Commission Ilze Juhansone. Livia Leu a à nouveau mis sur la table la proposition de «dialogue politique» qui «a été au cœur de nos échanges», a-t-elle expliqué.

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Livia Leu l’a redit à ses interlocuteurs vendredi: la Suisse veut rester un partenaire «constructif et engagé» et ce geste de cohésion doit être interprété comme la preuve de sa bonne volonté.

La secrétaire d’Etat n’est pourtant pas repartie avec beaucoup d’éléments nouveaux, en particulier sur une association prochaine de la Suisse à Horizon Europe: Berne ne sait en effet toujours pas si le versement de la contribution de cohésion suffira à débloquer le programme de recherche, Bruxelles n’ayant donné aucune indication. Près de quatre mois après l’abandon de l’accord-cadre, les deux interlocuteurs ne semblent plus parler le même langage ni vouloir la même chose.

Coup dans l’eau

Un dialogue politique? La Commission n’y est pas opposée, à condition que Berne accepte de reparler des choses qui fâchent, à savoir les questions institutionnelles, comme le règlement des litiges et la reprise dynamique du droit. La Commission aimerait bien aussi que la contribution de cohésion s’inscrive à terme dans un cadre plus structuré… Mais la Suisse aspire d’abord à parler de la recherche, de solutions pour l’électricité ou encore d’un accord santé.

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Insuffisant pour Bruxelles. Un «dialogue politique qui couvre à peu près tout sauf les problèmes structurels au cœur de l’accord-cadre n’a pas beaucoup de sens», confiait ainsi hier soir une source européenne, jugeant ainsi l’exercice plutôt «inutile» à ce stade et destiné «à jouer la montre».

L’avocat spécialisé Jean Russotto est un peu de cet avis. S’il juge logique et positif que la Suisse vienne taper aux portes alors que la Commission est en train de finaliser sa réflexion sur l’avenir des bilatérales et qu’elle la présentera bientôt aux Etats membres, il reconnaît que la marche en avant du côté UE «est conditionnée à un plan incluant la dimension institutionnelle». Un plan qui aborderait le fonctionnement du tribunal constitutionnel ou proposerait des pistes sur la libre circulation. Et «tant que cela ne sera pas fait», les deux partenaires pourraient bien encore rester dans «ce jeu à somme nulle», ajoute l’avocat.

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