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Lors du sommet européen à Bruxelles où se discutent les questions migratoires.
© STEPHANIE LECOCQ/Reuters

Sommet européen

A Bruxelles, le front populiste a tenu bon

L’accord obtenu in extremis sur les migrants sera difficile à mettre en œuvre. La réforme de la gouvernance de la zone euro devra encore patienter

Rien de surprenant: à la sortie du sommet européen ce vendredi, Emmanuel Macron et Viktor Orban ont exprimé des opinions aux antipodes. Pour le président français, «le choix de la coopération l’a emporté contre les politiques nationales et populistes». Pour le premier ministre hongrois, «il est clair que la relocalisation des migrants ne pourra pas s’effectuer sans l’accord préalable et le consentement des pays concernés. La Hongrie restera un pays hongrois et ne deviendra pas un pays de migrants.»

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Qu’en déduire? Que la longue nuit de tractations, achevée vendredi à l’aube par un texte de conclusions byzantines, n’a rien réglé vraiment. Des nouvelles solutions ont été proposées pour répondre à la colère italienne face aux nouvelles arrivées de migrants (lire ci dessous). Mais à chaque fois, assorties de veto nationaux, voire d’une ambiguïté coupable puisque la France, principale défenseure de l’option communautaire, ne créera pas sur son sol de «centre contrôlé», le nouveau nom trouvé aux futurs camps de rétention pour nouveaux arrivants clandestins sur le sol européen.

Nécessité de réformer la monnaie unique

La déclaration finale sur l’autre grand sujet de ce sommet, la réforme de la gouvernance de la zone euro, ne marque pas non plus une percée incontestable. Certes, la nécessité de renforcer la monnaie unique grâce à un mécanisme de solidarité consolidé, dix ans après la crise financière, est approuvée par tous. «Dans ces moments de turbulences, on ne peut que s’en féliciter», a commenté Donald Tusk, le président polonais du Conseil européen (représentant les pays membres).

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Le projet de budget pour la zone euro à partir de 2021, âprement négocié entre la France et l’Allemagne et présenté dans leur feuille de route commune comme le moyen «d’assurer la compétitivité et la convergence à travers des investissements dans l’innovation et le capital humain», ne fait toutefois l’objet que d’une mention fugace. Angela Merkel, très discrète tout au long des discussions, s’est bien gardée de le défendre. Emmanuel Macron, réaliste, a d’ailleurs même parlé «d’une nouvelle feuille de route», signifiant que le chemin sera sans doute long pour parvenir à un accord entre les 19 pays de l’eurozone. Lesquels reprendront leurs discussions… en décembre 2018. Un optimisme mesuré et un calendrier peu pressé, alors que le séisme politique italien secoue de nouveau les taux d’intérêt européens et que la Grèce reprendra, le 20 août, le chemin des marchés financiers pour financer sa dette, à hauteur de 180% du PIB…

L’Italie ferme ses ports

Quelles concessions, à l’autre bout du spectre communautaire, pour les pays les plus résolus à mener bataille contre Bruxelles? Bien peu de chose. Représentée par son président du Conseil, dont l’autorité est sans cesse défiée par le leader populiste de la Ligue et ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, l’Italie a obtenu la réaffirmation de la solidarité communautaire à «assurer collectivement les retours des migrants déboutés du droit d’asile vers leur pays d’origine» (600 000 dans la Péninsule selon les chiffres italiens) et l’assurance d’un appui financier.

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Mieux: non content d’avoir fait patiner les discussions nocturnes sur les migrations, d’avoir annoncé d’emblée le refus de son pays d’accueillir un futur «centre contrôlé» et d’avoir exigé in extremis une modification du communiqué de la zone euro, Giuseppe Conte a laissé Matteo Salvini faire irruption dans les débats en annonçant la fermeture des ports italiens aux ONG durant l’été, y compris pour la fourniture de carburant. «Elles ne verront l’Italie qu’en carte postale», a ironisé, à Rome, l’homme fort de la coalition populiste formée en mai avec le Mouvement 5 étoiles.

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La question des sanctions financières évacuée

Même front solide du refus du côté des pays d’Europe centrale du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie). «Nous avons parlé d’une voix et nous avons convaincu nos partenaires européens de notre approche sur les migrants», s’est réjoui le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki. Mission accomplie? «Tout ce qui concerne le renforcement des frontières extérieures de l’Union, même si cela ne les concerne pas directement, va dans leur sens», explique un diplomate. Comment reprocher demain aux autorités de Budapest d’avoir construit un mur alors que les agents de Frontex (l’agence de protection de l’espace Schengen à laquelle participe la Suisse), demain, patrouilleront peut-être le long de barrières similaires face à la Méditerranée?

Point encore plus important: la question d’éventuelles sanctions financières en cas de refus d’accepter des migrants relocalisés a été totalement évacuée. Seul Emmanuel Macron l’a rappelée, en théorie, lors de sa conférence de presse finale, en répétant que «l’Europe n’est pas qu’un carnet de chèques».

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