Un sommet européen n’a rien de très glamour. Ceux qui voient dans l’Union européenne une colossale bévue technocratique auraient, à chaque fois, de quoi nourrir leur besace d’arguments dévastateurs. Car rien n’est sexy ou agréable dans cette Europe-là. La salle de presse, installée dans l’atrium du bâtiment du Conseil européen, fait penser à un hall de gare transformé en centre de triage des doléances et réclamations après une catastrophe. Le restaurant, au sous-sol de l’édifice, est une cantine plutôt moyenne, moins chère il est vrai que les estaminets des environs. Pas le choix de toute façon: tout est bouclé et fermé aux alentours. Place aux barrages de barbelés et à l’impressionnant dispositif sécuritaire qui se répète au moins tous les trois mois. Un sniper de la police belge veille sur le toit. Les limousines des dirigeants européens, précédées de leurs escortes de motards, sont les seules autorisées à pénétrer.

La suite, une fois à l’intérieur de ce saint des saints communautaire, est une pièce de théâtre rejouée à l’envi chaque trimestre, plus les sommets dits «extraordinaires», comme celui qui, mercredi, vient d’accoucher d’un nouveau délai pour le Brexit. Les acteurs? Les centaines de journalistes accrédités, habitués à ces retrouvailles ternes mais agréables, où chacun partage sa théorie sur l’avenir de l’Europe et la stratégie de ses meneurs: Emmanuel Macron, le chantre de la «renaissance européenne»; Angela Merkel, l’immuable et granitique chancelière allemande préoccupée avant tout par la stabilité économique du continent; Charles Michel, le premier ministre belge en «affaires courantes» depuis des semaines, c’est-à-dire sans majorité à la Chambre des députés…