Les deux petits drapeaux flottent dans le froid, sous le ciel bleu de Varsovie. Le premier, bleu clair et jaune, est celui de l’Ukraine assiégée par l’armée russe. Le second, bleu marine constellé d’étoiles, est celui de l’Union européenne. Piotr, le chauffeur de ce bus de Varsovie a lui même fixé les couleurs ukrainiennes et communautaires de part et d’autre de sa cabine, ajustant au milieu le drapeau polonais rouge et blanc. La ligne 160, sur laquelle il opère, dessert à Varsovie le Palais de la culture, l’immanquable tour néogothique héritée de l’époque soviétique. Trois arrêts plus tôt, Piotr a embarqué devant la gare centrale une bonne vingtaine de réfugiés, flanqués de valises et de ballots, tout juste débarqués de la frontière. Tous sont Ukrainiens. Ils habitaient à Lviv, la grande ville de l’ouest du pays. Tous se voient demeurer en Pologne dans les mois à venir car, ils le jurent, «Poutine et son armée ne reculeront pas». Les petits drapeaux semblent saluer les femmes, les enfants, et deux personnes âgées en train d’attendre leur tour pour rentrer dans le bus 160. Warszawa Centralna, la principale gare de la capitale polonaise, est pour ces déplacés le refuge ultime. La preuve concrète que l’Europe ne les a pas abandonnés.