Europe

Bruxelles prépare sa riposte médiatique à la propagande russe

En Lettonie, les télévisions russes ont un grand succès. La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini présentera la stratégie européenne en juin

Bruxelles prépare la riposte à la propagande russe

Europe En Lettonie, les télévisions russes ont un grand succès

Federica Mogherini présentera la stratégie européenne en juin

Nils Usakovs, maire de Riga, capitale de la Lettonie, a le don d’agacer une partie de ses concitoyens. Sa dernière incartade est toute récente. Alors que l’Europe commémorait la fin de la Deuxième Guerre mondiale le 8 mai, il a convié la population le jour suivant à un grand feu d’artifice afin de marquer la libération du pays par les forces russes. Selon Andis Kudor, directeur du Centre d’études politiques d’Europe de l’Est basé à Riga, la cérémonie était financée par Moscou.

Ce n’était pas une provocation isolée. En Lettonie, la Russie finance à grands frais une propagande destinée à la minorité russe. «Quatre chaînes de télévision émettent en permanence des programmes de variétés, des talk-shows, des séries populaires ainsi que des bulletins d’informations et d’analyses tronqués, explique Andis Kudor. L’objectif est de maintenir la population russophone dans un esprit partisan.»

Une enquête menée en mars 2014 indiquait que 21% des Lettons étaient favorables à l’intervention russe en Ukraine. Selon un autre sondage réalisé l’an dernier, 33% des personnes interrogées estimaient que la Russie avait des raisons solides pour intervenir dans le Donbass.

«La division ethnique entre Lettons et Russes n’est pas visible dans la vie quotidienne; il n’y a pas de conflit larvé, poursuit l’observateur. Le nombre de mariages mixtes est même en hausse. En revanche, le divorce politique est total.» Le pouvoir central est aux mains d’une coalition composée exclusivement de Lettons. Ces derniers forment 60% de la population du pays, les Russes 27% et les russophones issus d’autres Etats de l’ancienne Union soviétique 10%. Dans la capitale, c’est l’inverse. C’est ce qui explique l’élection du maire Nils Usakovs en 2011. Son parti, le Centre de la concorde, est ouvertement pro-russe. Il est lui-même considéré comme un mini-Poutine. «Il est porté à bout de bras par les médias pro-russes», fait remarquer Andis Kudor.

Le gouvernement letton n’ignore pas les nuisances de la propagande russe. «La forte influence de Moscou ne peut plus être considérée comme une activité journalistique normale, a déclaré Edgars Rinkevics, le ministre des Affaires étrangères, l’an dernier. Cela ressemble plus à une guerre de l’information, à de la propagande.» Il a ainsi ouvert la voie à la riposte. Le gouvernement étudie le projet de lancer une chaîne de télévision pour cibler la population russophone. «Les discussions sont en cours», explique Andis Kudor, qui en est partisan. Il n’est toutefois pas très optimiste. Selon lui, le gouvernement letton ne dispose pas des mêmes moyens que Moscou. Autre difficulté: recruter des journalistes russophones animés par les principes démocratiques. Mais par-dessus tout, il ne voit pas comment amener la population russophone à regarder une nouvelle chaîne face à la force de frappe des chaînes russes. Selon lui, le projet devrait se faire au niveau européen et impliquer d’autres pays (Lituanie, Estonie, République tchèque, Bulgarie) où les minorités russes subissent la même propagande.

Bruxelles n’est pas indifférent à cette guerre d’information. En janvier, le Parlement européen a voté une motion qui appelle à une contre-attaque. A son tour, le Conseil a chargé Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, de lui soumettre un plan. Celui-ci est attendu pour le mois prochain. L’Union européenne finance déjà la chaîne Euronews, dont le but est d’offrir une perspective européenne des événements politiques, économiques et sociaux, sans être un instrument de propagande.

A l’avenir, il devrait être question de monter une équipe d’une vingtaine de journalistes russophones dont la tâche serait de débusquer les mensonges et les demi-vérités des médias russes. L’UE pourrait aussi financer les médias existants (BBC, RFI, Deutsche Welle et Radio Free Europe) pour produire et diffuser des informations objectives à­ l’intention d’un public russe.

«La forte influence de Moscou ne peut plus être considérée comme une activité journalistique normale»

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