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Le chancellier autrichien, Sebastian Kurz, et le président de la commission européenne, Jean-Claude Kuncker, Bruxelles, 2018.
© Thierry Monasse/Getty Images ©

Union européenne

A Bruxelles, une commission Juncker assiégée

La délégation suisse présente à Bruxelles jeudi pour une séance bilatérale est prévenue: la fin de mandat de la Commission Juncker, sur fond de crise migratoire, de Brexit et de guerre commerciale, s’annonce très compliquée

Matteo Salvini n’a pas eu besoin de venir gâcher la fête. Mardi et mercredi à Luxembourg, le Conseil Justice-Affaires intérieures de l’UE – auquel participait le secrétaire d’Etat suisse aux Migrations, Mario Gattiker – a de nouveau confirmé l’impasse dans laquelle se trouve engluée la Commission européenne.

L’agenda était pourtant crucial: il s’agissait, pour l’exécutif bruxellois, de faire accepter son plan de répartition des demandeurs d’asile présenté depuis 2015 et toujours rejeté, bien que nettement révisé à la baisse (40 000 réinstallations contre 150 000 initialement envisagées). Basta! La Bulgarie, qui assume jusqu’à la fin juin la présidence tournante de l’Union, n’a pas réussi à faire plier les pays d’Europe centrale opposés à tout compromis. L’Italie et la Grèce, que ce plan est supposé soulager d’une partie du fardeau migratoire, peuvent donc continuer de ruminer leur colère. Car personne, à Bruxelles, ne croit l’Autriche, et son gouvernement conservateur allié à l’extrême droite, qui succédera à la présidence bulgare, capable de dénouer cet imbroglio politiquement meurtrier.

Jean-Claude Juncker assommé

Un homme, ces temps-ci, encaisse les coups les uns après les autres et paraît de moins en moins capable de riposter. Le président de la Commission élu en 2014, Jean-Claude Juncker, semble en effet assommé. Blocage sur les migrations. Dangereux suspense commercial après l’ouverture des hostilités sur l’acier la semaine dernière par les Etats-Unis. Enlisement de la négociation sur le Brexit empoisonnée par le dossier de la frontière irlandaise. Risque de crise ouverte sur le futur budget communautaire, que l’ancien premier ministre luxembourgeois propose d’assortir d’une clause de conditionnalité pour l’octroi des fonds européens (dont la suspension serait rendue possible en cas de non-respect de l’Etat de droit par les pays membres). Affrontement avec la France sur les amputations de crédits envisagées pour la politique agricole commune… 2018, annus horribilis au Berlaymont, le QG de la Commission? «Juncker est devenu président dix ans trop tard, persifle l’ancien eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, en référence à sa candidature des années 1990, rejetée par Londres. Pour un Européen fédéraliste comme lui, l’assaut populiste et souverainiste devient insupportable.»

Une autre affaire a transformé en épreuve presque physique cette fin de mandat, pour le social-chrétien Juncker: celle de la nomination, en février, de son bras droit allemand, Martin Selmayr, comme secrétaire général de la Commission – soit numéro un de l’administration communautaire – en passant au-dessus des procédures requises. Outre les attaques des médias, le président de la Commission s’est retrouvé en butte aux fractures de son camp politique: le parti populaire européen (conservateur), où «l’impérialisme» allemand irrite. Plus préoccupant: l’affaire Selmayr a eu pour conséquence de paralyser l’action de l’intéressé, haut fonctionnaire rugueux mais efficace et déterminé. Auparavant chargé du dossier bilatéral suisse, Martin Selmayr avait le mérite de poser clairement les «lignes rouges» à ses interlocuteurs helvétiques. Et maintenant? «Selmayr était plus que le bras droit de Juncker, concède un commissaire européen. Il était celui qui permettait au président de la Commission de faire de la politique, c’est-à-dire de dégager des compromis. Il tenait la boutique.» Difficile d’en dire autant aujourd’hui, en sachant que Juncker a depuis longtemps annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa succession après les Européennes de mai 2019.

Le duo franco-allemand patine

Un autre chaînon manque enfin: le tandem franco-allemand. Certes, Jean-Claude Juncker est l’archétype du partenaire idéal pour Emmanuel Macron et Angela Merkel. Bilingue, parfaitement biculturel, fin connaisseur des marchés financiers, le Luxembourgeois devrait, en théorie, profiter de tout accord entre Paris et Berlin sur la réforme de la gouvernance de la zone euro, dont on devrait connaître les contours lors du conseil européen des 28 et 29 juin prochains. Problème: le duo Merkel-Macron patine. La chancelière allemande, prisonnière de son Parti chrétien démocrate, est gênée par la future campagne centriste du mouvement En Marche de Macron. Et politiquement, seule la question migratoire lui semble prioritaire au niveau européen.

Autre souci pour le vieux routier Juncker, vétéran des institutions: l’habituelle alliance de fait, au Parlement européen, entre socialistes et conservateurs pourrait éclater. Et beaucoup soupçonnent l’Elysée de chercher à imposer son candidat à la tête de la Commission. Le nom de Christine Lagarde, patronne du FMI, circule. Bref, un an avant les urnes, l’heure est déjà à l’après-Juncker. La Suisse, confrontée à des difficultés croissantes avec Bruxelles, pourrait dès lors elle aussi faire le choix d’attendre un nouvel interlocuteur.

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