A trois arrêts de métro du centre-ville de Bruxelles, Rogier est un quartier d’affaires et commercial très fréquenté. Il donne sur la rue Neuve qui est une concentration de grands et petits magasins. Le lieu est aussi très fréquenté par des touristes. Plusieurs grands hôtels, dont le Sheraton et le Crown Plaza, ont pignon sur rue. Molenbeek, la commune désormais considérée comme le nid du terrorisme en Europe, se trouve à moins de 200 mètres. Mardi matin dès 5 heures, Rogier a été paralysé et bouclé par la police et des militaires; un homme de 26 ans disant porter une ceinture explosive avait donné l’alerte.

L’arrêt de métro Rogier avait immédiatement été fermé comme les routes menant au centre-ville, au quartier Schuman où se trouvent les institutions européennes ainsi qu’à l’aéroport. Même si la radio avait largement diffusé l’information, des centaines de véhicules se sont néanmoins retrouvés bloqués dans la circulation à hauteur de l’arrêt de métro Rogier. Plusieurs dizaines d’employés sont restés dans la rue toute la matinée dans l’attente de pouvoir gagner leur lieu de travail. Un retour à la normale s’est amorcé peu avant midi lorsque le parquet belge a annoncé que l’individu en question portait une ceinture explosive factice et avait inventé une histoire d’enlèvement dont il était la victime et où ses ravisseurs menaçaient de faire sauter les explosifs à distance.

Cette fausse alerte a toute de même affecté la vie de tout un quartier et mobilisé plusieurs dizaines de policiers. Une réunion gouvernementale de crise en présence du premier ministre belge Charles Michel a été appelée d’urgence. «La situation est sous contrôle, a déclaré ce dernier. Les services de sécurité sont extrêmement vigilants.» Le niveau d’alerte antiterroriste a été maintenu au niveau 3 (menace possible et vraisemblable), sur une échelle de 4 (menace sérieuse et imminente).

En effet, la capitale européenne ne connaît pas de répit depuis les attentats à l’aéroport de Bruxelles et à la station de métro Maelbeek le 22 mars dernier. Depuis, la police belge multiplie les descentes, les perquisitions, les interpellations et les arrestations quasi quotidiennement à Bruxelles. Ce qui ne va pas sans conséquences: arrêt du métro et des trams, bouclage de quartiers entiers, fermeture de commerces, d’écoles. Dimanche dernier, deux valises suspectes ont été repérées à la gare Centrale, provoquant l’annulation des trains et du métro et le bouclage du quartier. Il a fallu deux heures aux services de déminage pour écarter tout danger. Dans la nuit de vendredi à samedi, la police belge a mené une vague de perquisitions dans diverses localités et interpellé 40 personnes. Trois hommes ont été inculpés samedi pour «tentative d’assassinat dans un contexte terroriste».

Bernard Rimé, professeur en psychologie et sciences de l’éducation à l’Université catholique de Louvain, constate que les Bruxellois sont soumis à de multiples handicaps au quotidien dans tous les secteurs et ne demandent qu’à retourner à une vie normale. «Les descentes à répétition, les sirènes des voitures de police, des camions de pompiers et d’ambulances résonnant à tous moments déstabilisent les citoyens», dit-il. Selon lui, les autorités doivent s’abstenir de lancer des alertes quand ce n’est pas nécessaire et de créer la panique. Il relativise toutefois en disant que le danger est omniprésent et que les Belges sont quotidiennement exposés à beaucoup d’autres risques, comme les accidents de la route et du travail. Pour sa part, le ministre belge de l’Intérieur, Jan Jambon, a appelé «à ne pas céder à la psychose, mais à prendre les menaces au sérieux».