(Bruxelles) José-Manuel Barroso l’affirme: «Le traitement commence à produire ses effets». La réalité des études détaillées publiées ce mercredi par la Commission européenne sur les économies des pays-membres contraste en revanche le jugement optimiste de son président.

A l’exception de l’Allemagne, contre laquelle la procédure engagée pour déficit excessif est levée, tous les autres grands pays de la zone euro demeurent dans la tourmente. L’annonce la plus attendue concerne l’Espagne, qui pourrait bénéficier d’une année supplémentaire pour la réduction prévue de son déficit. «Nous sommes prêts à envisager une révision de calendrier» a confirmé le Commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn. Si cela se confirme, Madrid devrait ramener son déficit budgétaire (8,9% programmé pour fin 2011) à 3% fin 2014, au lieu de la fin 2013.

Alors que les critiques se généralisent pour dénoncer le tour-austérité imposé par l’Europe, la Commission a persisté mercredi en demandant aux pays de l’UE de «redoubler d’efforts» pour surmonter la crise. «En moyenne, les déficits publics baissent mais davantage de réformes structurelles sont nécessaires» a poursuivi José-Manuel Barroso, chargé avec le président du Conseil européen Herman Van Rompuy de préparer un rapport sur la gouvernance de la zone euro pour la fin juin.

Le mot qui revient en permanence, dans les rapports «pays» de la Commission, est celui de «déséquilibres». Des déséquilibres dont l’une des caractéristiques est l’endémique chômage des jeunes. Outre les trois pays sous assistance financière (Grèce, Portugal, Irlande) l’Espagne, l’Italie et la France sont dans le collimateur. «La Commission se prépare à un bras de fer avec Paris» affirme le Financial Times dans son édition du 30 mai, qualifiant la situation de «potentiellement explosive». Le déficit public français doit être ramené à 3% d’ici 2013.

Un engagement confirmé par le nouveau président de la République François Hollande, mais guère atteignable selon les experts. Les compliments réservés à l’Allemagne risquent par ailleurs d’accroître les tensions entre Berlin et les capitales des pays «à risque». Preuve du manque de confiance ambiant, les taux obligataires italiens sont de nouveau au plus haut à plus de 6% sur dix ans.

Point central pour la Commission: seule une «sortie par le haut» de la crise, via davantage d’intégration, est possible. José-Manuel Barroso a appelé en ce sens à renforcer l’intégration de la zone euro à travers une «union bancaire» et à la constitution d’un fond communautaire de garantie pour les épargnants.

La Commission a par ailleurs réitéré son soutien aux euro-obligations pour financer des projets dont le montant total pourrait atteindre des centaines de milliards d’euros, contre un très maigre… 250 millions d’euros pour la phase pilote actuelle, tout juste votée.

Mais, surtout, «il est indispensable que les Etats membres de la zone euro soient d’accord pour se lancer dans un processus d’intégration économique et financière plus poussé», a insisté José-Manuel Barroso.

Pour ce faire, la Commission estime que la recapitalisation des banques par le fonds de sauvetage de la zone euro, le MES, «pourrait être envisagée». Cette solution permettrait «de couper le lien entre la situation des banques et les finances des Etats».

La Commission juge en outre qu’une «intégration plus étroite» de la zone euro sous la forme d’une «union bancaire» serait un «complément important à l’Union économique et monétaire actuelle»

Les recommandations de la Commission doivent maintenant être discutées et approuvées lors du prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE les 28 et 29 juin, avant d’être approuvées formellement par les ministres des Finances en juillet. Toutes ces questions devraient être rebattues jeudi lors du Forum économique de Bruxelles, qui verra le président du conseil italien Mario Monti prononcer l’un des principaux discours.