Présidentielle française

Bruxelles voit s’éloigner le scénario catastrophe d’un Frexit

Les dirigeants européens ont rapidement réagi dimanche soir à la victoire d’Emmanuel Macron. Un vote pro-européen bienvenu alors que de nombreux chantiers sont ouverts, entre le Brexit et la réforme de l’Union européenne

Une victoire pour l’Europe et contre les populismes. Visiblement soulagés, les principaux responsables européens ont rapidement réagi dimanche à la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle française. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’est dit «heureux» que les «Français aient choisi un avenir européen» et opté pour une «Europe plus forte et plus juste». Jean-Claude Juncker a également adressé une lettre au nouveau dirigeant français dans laquelle il s’est réjoui que le leader d’En Marche! ait défendu pendant sa campagne les valeurs d’une Europe «forte et progressiste».

Le Polonais Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui regroupe les chefs d’Etat des 27, a lui aussi félicité Emmanuel Macron ainsi que les Français «qui ont choisi la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et dit non à la tyrannie des fake news». De son côté, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a dit compter «sur une France au cœur de l’Europe pour changer ensemble l’Union et la rapprocher des citoyens». Et a adressé une première invitation à Emmanuel Macron à venir à la rencontre des eurodéputés lors d’une session plénière.

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Ce résultat avait été largement anticipé à Bruxelles. Au premier tour, et de manière assez inhabituelle, le président Juncker avait déjà félicité Emmanuel Macron après le premier tour de la présidentielle française, un candidat jugé tout à fait eurocompatible. Le président de l’exécutif européen avait alors parlé du seul choix possible à faire en faveur d’Emmanuel Macron, à savoir un choix entre «la défense de l’Union ou l’option de la détruire».

Bruxelles peut souffler mais pas longtemps

Le second tour présentait certes beaucoup moins d’inconnues pour Bruxelles mais la prudence restait néanmoins de mise ces derniers jours. Ainsi Jean-Claude Juncker a-t-il expliqué entre les deux scrutins qu’il porterait les «habits de deuil» en cas de victoire de Marine Le Pen, tout en expliquant qu’une telle victoire ne signifierait pas pour autant la fin du projet européen.

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Le scénario catastrophe du «Frexit» (la sortie de la France de l’UE) étant écarté, Bruxelles peut maintenant souffler et penser aux chantiers à venir. La Commission aura à traiter avec un candidat avec lequel elle a un certain nombre de convergences. Emmanuel Macron souhaite par exemple démocratiser la zone euro, en créant un parlement de la zone euro, développer l’Europe de la défense et d’une manière générale refonder l’UE pour qu’elle surmonte ses doutes existentiels. Cette réflexion, l’UE l’a déjà lancée elle aussi, en particulier à travers son fameux livre blanc sur l’avenir de l’UE présenté en mars. Et dimanche soir, le président Juncker s’est dit prêt à travailler avec Emmanuel Macron sur le renforcement de l’Europe sociale ou l’approfondissement de la zone euro.

L’élève français sera scruté par Bruxelles

Cette convergence de vues sur des sujets essentiels est d’autant plus bienvenue à Bruxelles que se mènent des chantiers majeurs. A commencer par les négociations sur le Brexit, qui devraient commencer mi-juin et qui s’annoncent âpres. Mais l’élève français sera aussi scruté sur ses résultats propres, comme l’avait signalé le commissaire européen aux Affaires économiques le Français Pierre Moscovici dès le 24 avril. Le nouveau président français devra en effet rapidement rassurer Bruxelles sur les bonnes intentions budgétaires du pays. La France est attendue sur ses engagements à maintenir les finances publiques dans les clous du Pacte de stabilité et de croissance, et cela tout au long du quinquennat. Le 17 mai, elle pourrait d’ailleurs livrer un premier message aux futures autorités françaises dans le cadre de ses recommandations de politique socio-économique par pays.

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