Roumanie

Bucarest recule dans la lutte contre la corruption

Les parlementaires roumains ont voté un texte qui les dégage de toute responsabilité pénale. La Commission européenne exprime ses regrets. Les Etats-Unis condamnent

Le parlement roumain a voté mardi une série d’amendements au Code pénal, qui dégagent les élus de toute responsabilité pénale. Les députés et les sénateurs se sont ainsi attribué une auto-immunité qui leur permet de se soustraire aux sanctions prévues dans des affaires de corruption.

La coalition des socialistes et des libéraux, qui contrôle 70% des sièges au parlement, vient d’annuler tous les efforts faits ces dernières années pour combattre un fléau qui gangrène la Roumanie. «Ces modifications du Code pénal sont extrêmement graves car elles anéantissent dix ans de travail des institutions anti-corruption, a déclaré le président Traian Basescu, qui s’oppose à la coalition au pouvoir depuis mai 2012. Les hommes politiques se mettent une nouvelle fois au-dessus de la loi.»

Une «régression»

Le parlement risque de décré­dibiliser un pays qui, depuis son adhésion à l’Union européenne en 2007, est soumis par Bruxelles à un mécanisme de coopération et de vérification de la justice.

Mercredi, la Commission européenne a déjà mis la Roumanie en garde contre les dérapages dans le combat contre la corruption. «Les conflits d’intérêts, l’intégrité et l’application des règles pour combattre la corruption sont des questions couvertes par le mécanisme de ­coopération et de vérification», a affirmé le porte-parole de la commission, Mark Gray. Dans un communiqué rendu public le même jour, l’ambassade des Etats-Unis à Bucarest a choisi un langage plus direct pour dénoncer cette attaque contre la justice: «L’action du parlement s’éloigne des principes de la transparence et de l’Etat de droit, affirme-t-elle dans un communiqué. C’est une régression pour la Roumanie.» L’ambassade des Pays-Bas a également exprimé son inquiétude.

Le Parquet national anti-corruption (DNA) et l’Agence nationale pour l’intégrité, clés de voûte de la croisade contre la corruption, ont été amputés de leurs pouvoirs sur les élus. «La législation roumaine va entrer en contradiction avec les ­conventions internationales anti-corruption que la Roumanie a ratifiées, affirment les procureurs du DNA dans un communiqué mercredi. A ce jour, 28 parlementaires sont en cours de procès et une partie d’entre eux ont été condamnés.»

Mais les élus roumains semblent ignorer les inquiétudes nationales et internationales. Ils sont prêts à continuer sur leur lancée en annonçant une nouvelle loi sur l’amnistie, qui permettra aux hommes politiques corrompus actuellement en prison de recouvrer la liberté et de déposer leur candidature aux prochaines élections européennes. «Quand on attaque de cette manière les institutions démocratiques d’un pays, cela s’appelle un coup d’Etat», a conclu le président Traian Basescu.

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