Europe

La Bulgarie s’affiche en «pays sûr» pour le tourisme

Sofia compte bien tirer profit de la dégradation des relations entre Moscou et Ankara et de la multiplication des menaces terroristes pour attirer d’avantage de touristes cet été. Les Russes sont particulièrement courtisés

Le malheur des uns fait le bonheur des autres: alors que les professionnels du tourisme en Turquie se préparent déjà à une très mauvaise saison, leurs collègues bulgares se frottent les mains. Sur ce côté-ci de la mer Noire l’été 2016 s’annonce «exceptionnel», à en croire les officiels. Début mai, la ministre du Tourisme, Nikolina Anguelkova, ne cachait pas son optimisme, appelant ses compatriotes à tout faire pour ne pas décevoir ces touristes qui ne manqueront pas d’affluer.

«Nous avons une hausse de 30% des réservations pour les Russes, 40% pour les Polonais, 20% pour les Allemands et 15% pour les Israéliens», a-t-elle dit, soulignant que même les Français, considérés comme les plus difficiles, étaient de retour dans «le pays des roses».

Mais pour Blagoï Raline, le président de l’Association des hôteliers et restaurateurs bulgares, la meilleure nouvelle reste le grand retour des touristes russes – qu’il appelle toujours par l’affectueux bratouchki (petits frères) en souvenir de l’époque où Sofia était le plus fidèle allié de l’URSS. «Outre leur intérêt traditionnel pour nos plages, ils sont désormais de plus en plus attirés par le tourisme religieux, orthodoxe plus particulièrement», poursuit-il. «Nous revenons dans le top 3 de leurs destinations favorites», confirme la ministre.

Les professionnels du secteur ne s’en cachent pas: de Bourgas, au sud, à Varna, au nord de la côte bulgare, ils comptent bien tirer profit de ce que Blagoï Raline appelle pudiquement la «situation internationale»: explosion en vol dans le ciel égyptien d’un charter reliant Charm el-Cheikh à Saint-Pétersbourg le 31 octobre 2015; climat d’insécurité persistant en Tunisie; multiplication des attentats – qu’ils soient revendiqués par des groupes armés kurdes ou attribués à l’Etat islamique – en Turquie, la principale destination touristique de la région… Pour ne rien arranger, les relations entre Moscou et Ankara ont rarement été aussi mauvaises depuis l’affaire du Sukhoï russe abattu par la chasse turque au-dessus de la frontière syrienne le 24 novembre 2015.

Les réseaux sociaux russes s’enflamment tous les jours autour du mot-dièse «Je ne vais plus en Turquie», alors que les autorités appellent régulièrement leurs ressortissants à ne pas s’y rendre, pour raisons de sécurité. En Russie, ils étaient près de 5 millions par an à choisir la côte turque de la mer Egée pour leurs vacances. Où iront-ils cette année?

Pour les Bulgares, la réponse ne fait pas de doute: une grande partie se reportera sur leurs côtes où, tous les ans à la belle saison, la langue de Pouchkine devient la lingua franca locale. Quelque 600 000 Russes viennent déjà tous les ans y passer leurs vacances, certains ayant même acquis un pied à terre. Fonctionnaires ou représentants de la petite classe moyenne des grandes villes, ils s’y sentent à l’aise dans un pays à la langue et à la culture très similaire à la leur et où les sentiments antirusses n’ont jamais vraiment pris racine.

Afin de rendre leur pays encore plus attrayant pour ce public, les officiels de Sofia ont ajouté cette année la «sécurité» en tête de liste des avantages d’un séjour en Bulgarie. «Nous sommes une destination sûre, prévisible et bon marché», martèle la ministre Nikolina Anguelkova, qui s’est rendue deux fois en Russie depuis le début de l’année où elle a même pris la parole devant les députés de la Douma pour vanter les mérites de son pays. Les autorités promettent encore plus de caméras de surveillance et l’envoi de policiers supplémentaires dans les complexes touristiques.

L’arrivée par charter des premiers touristes israéliens à l’aéroport de Bourgas, le 2 avril dernier, a été fortement médiatisée, comme pour oublier l’attentat commis ici même l’été 2012. Attribuée au Hezbollah libanais, cette attaque avait fait cinq victimes israéliennes. Les autorités bulgares ont été fortement critiquées d’avoir sous-estimé ce genre de menaces. Depuis, les touristes en provenance de Tel-Aviv arrivent à l’aéroport par un couloir sécurisé et sont escortés par la police jusqu’à leur destination finale sur la côte.

Grâce à ce label de «pays sûr», les professionnels du tourisme espèrent aussi attirer davantage de touristes occidentaux et les chiffres prévisionnels semblent leur donner raison. Mais, superstitieux par nature, les Bulgares préfèrent croiser les doigts. Déjà pour que ces prévisions optimistes se réalisent. Et surtout pour que, d’ici là, il ne leur arrive aucun «malheur» qui pourrait gâcher cet été, visiblement pas comme les autres.

Publicité