Les députés allemands frôlent la schizophrénie. Ce vendredi matin, le chancelier Gerhard Schröder posera au Bundestag la question de confiance, avec l'intention d'être mis en échec pour provoquer de nouvelles élections. Le Parlement est prié de se saborder. Les propres troupes du chancelier, 301 députés sociaux-démocrates et écologistes sur 601, devront donc voter contre lui ou s'abstenir. Mais l'opération destinée à démontrer que Gerhard Schröder ne bénéfice plus d'un soutien parlementaire suffisant, paraît déjà si orchestrée que beaucoup d'élus, dans la majorité comme dans l'opposition, doutent de la constitutionnalité de l'opération.

L'opposition de droite, au surplus, craint que le président de la République, Horst Köhler, élu grâce à ses voix, soit placé dans une situation impossible: dissoudre le Bundestag et risquer d'être contredit par la Cour constitutionnelle, ou refuser la dissolution et devoir affronter l'opinion publique. Tous les grands partis politiques et 71% de la population souhaitent de nouvelles élections en septembre pour sortir de la crise politique. En provoquant la chute de son gouvernement à la suite des élections régionales, catastrophiques pour lui, de Rhénanie du Nord - Westphalie, en mai, Gerhard Schröder souhaitait sortir de l'impasse provoquée par une majorité de blocage chrétienne-démocrate au Bundesrat, la chambre des Länder.

Pour cela, il doit démontrer par la question de confiance posée au parlement, le Bundestag, qu'il ne jouit plus d'une marge de manœuvre suffisante pour gouverner. Difficile à prouver, alors que jeudi les députés ont encore adopté de nombreuses lois, dont certaines très contestées par l'opposition. Ils ont ainsi, contre la minorité CDU/CSU et libérale, enjoint le gouvernement de demander une modification de la directive européenne sur les services, la fameuse «directive Bolkestein», voté une loi sur la transparence des participations financières des managers de sociétés cotées en Bourse. Ils se sont aussi opposés à un projet de loi de la chambre des Länder pour récolter des données sur les mouvements islamistes. La majorité a de toute évidence encore quelques ressources. Elle devait voter une bonne quarantaine de fois jusqu'à jeudi soir.

Malaise chez les Verts

Le malaise a gagné l'arrière-ban des députés du SPD, mais surtout des «Grünen», à qui on demande non seulement de signifier leur défiance à l'encontre de leur chancelier – message contradictoire pour leurs électeurs – mais en plus de se sacrifier une année avant le terme de la législature. Plusieurs députés ont déjà annoncé qu'en cas de dissolution ils saisiraient la Cour constitutionnelle à Karlsruhe. Ainsi, le député vert Werner Schulz ou sa collègue Silke Stokar, porte-parole du parti écologiste pour les affaires intérieures. «Le dilemme, pour nous, c'est que cela ressemble à une question de confiance simulée.» De toute manière, les Verts voteront la confiance à plus de 80%. Le président du SPD, Franz Müntefering, a, lui, demandé à ses troupes de s'abstenir. Les ministres, qui sont aussi parlementaires pour beaucoup, ont déjà annoncé leur abstention.

Comme il faut s'y attendre, le chancelier va donc «perdre» la confiance du Bundestag. Mais la décision du président Köhler, à qui il appartient de prononcer la dissolution, n'en sera pas aisée pour autant. En 1983, la Cour constitutionnelle avait en effet signalé qu'elle ne pourrait pas admettre une décision si le chancelier «qui dispose sans aucune doute d'une majorité évidente au Bundestag cherche à obtenir par la question de confiance une réponse négative sur un point particulier afin de provoquer la dissolution du Bundestag». Ou si le chancelier explique sa question de confiance par des difficultés particulières en cours de législature. Pour les juristes, la dissolution ne doit pas être une sortie de secours. Le président de la République, qui a trois semaines pour réfléchir, risque bien d'être la première victime des calculs de Gerhard Schröder.