Pour les grands projets, on prend des décisions, pour les repousser on nomme une commission. C'est l'impression que donne la création par le nouveau ministre allemand de la Défense Rudolf Scharping d'un groupe de travail sur l'avenir de la Bundeswehr, l'armée allemande. La commission a jusqu'à l'automne de l'année prochaine pour rendre son rapport.

Les questions discutées sont importantes si bien que la Frankfurter Allgemeine, le journal conservateur de Francfort, estime que «la Bundeswehr est à la croisée des chemins». Le débat porte principalement sur la professionnalisation de l'armée allemande. La Bundeswehr est une armée de conscription, c'est-à-dire que chaque Allemand est en principe astreint au service militaire. Au Ministère allemand de la défense, on plaide pour le maintien de cette formule. On estime que la conscription permet de maintenir un lien avec la population. Le fait que 50% des sous-officiers et officiers se recrutent parmi les conscrits «enrichit» l'armée allemande, estiment ses responsables. Enfin, les coûts sont moins élevés qu'avec une armée de métier. Ce point n'est pas négligeable, le paquet d'économies du gouvernement imposant à la Bundeswehr d'économiser 3,5 milliards de deutsche Mark sur son budget annuel de 47 milliards.

Pour créer ce lien tant désiré entre la Bundeswehr et la population, celle-ci organise régulièrement des prestations de serment. Autour de ces cérémonies viennent pourtant se greffer des manifestations antimilitaristes. Une prestation de serment sera organisée aujourd'hui au lieu-dit Bendlerblock à Berlin, là où plusieurs officiers dont le général von Stauffenberg furent exécutés après leur tentative d'assassinat manqué contre Hitler.

Pour la première fois, le chancelier Gerhard Schröder prendra la parole lors d'une telle cérémonie. Les sociaux-démocrates (SPD) sont en fait depuis longtemps favorables à ces prestations de serment, contrairement aux Verts, leurs partenaires au gouvernement. Jürgen Trittin, le ministre de l'Environnement, avant d'entrer au gouvernement, participait aux manifestations de protestation, ne se gênant pas de comparer la Bundeswehr à la Wehrmacht. Aujourd'hui, le ministre ne se prononce plus sur la question.

Officiellement, les Verts n'appellent plus à manifester contre les prestations de serment. Pour Renate Künast, cheffe du groupe parlementaire des Verts au parlement de Berlin, «la date et l'endroit (de la cérémonie d'aujourd'hui) sont bien choisis». Elle note toutefois que celle-ci pourrait être «plus civile» à l'instar de ce qui se fait à la police ou chez les pompiers. La population restera en fait quasiment exclue de la manifestation d'aujourd'hui. Pour éviter des troubles, seuls 2000 personnes ont été invitées, des politiciens, des parents des recrues ainsi que des journalistes. Les autres personnes devront rester derrière les barrages de police.