Les Burundais, dont le pays tente de sortir de onze ans de guerre civile, ont plébiscité leur nouvelle Constitution qui répartit plus équitablement le pouvoir entre les deux ethnies du pays après des décennies de domination de la minorité tutsie. La victoire du oui au référendum sur la Constitution organisé lundi, premier scrutin depuis le début de la guerre civile en 1993, est écrasante.

Le oui l'emporte avec 91,2% des voix, contre 8,8% pour le non, selon les derniers résultats communiqués mardi par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Burundi portant sur 77% des bulletins dépouillés. Ce résultat est sans surprise car tous les partis de la majorité hutue (85% de la population du Burundi) avaient appelé à approuver le texte. La majorité des partis tutsis s'était prononcée contre la nouvelle Constitution. Ce texte met en effet fin à la mainmise, quasiment sans partage, de l'ethnie tutsie sur les institutions politiques et militaires du Burundi depuis que le pays est devenu indépendant de la Belgique en 1962.

«Nous sommes très contents» du résultat du référendum, s'est félicitée l'ex-principale rébellion du Burundi, les Forces pour la défense de la démocratie (FDD, hutues), qui avait appelé à voter oui. «La nouvelle Constitution est une base légale pour pouvoir avancer», a déclaré le porte-parole des FDD, Karenga Ramadhani. De son côté, le principal parti tutsi, l'Union pour le progrès national (Uprona), s'est dit inquiet de la victoire, sans appel, du oui. «Ce qui nous inquiète, c'est la monopolisation du pouvoir par un groupe politico-ethnique et les dérives que cela peut entraîner», a déclaré le porte-parole de l'Uprona, Gérard Nduwayo.

Plusieurs scrutins à venir

L'histoire récente du Burundi, petit pays très pauvre d'Afrique centrale, est marquée par des massacres interethniques. Le référendum sur la nouvelle Constitution s'intègre dans le fragile processus de paix en cours qui doit mettre fin à plus de onze ans de guerre civile entre l'armée, dominée jusque-là par les Tutsis, aux rebelles hutus. Ce conflit a fait quelque 300 000 morts. Un seul des sept groupes rebelles, les Forces nationales de libération (FNL), continue aujourd'hui de se battre.

Les résultats du référendum «reflètent la configuration ethnique du pays» et pourraient anticiper les résultats des scrutins à venir, a estimé un observateur du Burundi, qui a requis l'anonymat. Après le référendum, les Burundais doivent en effet élire dans les prochains mois, théoriquement d'ici à avril, leurs députés et leurs représentants locaux, tandis que le premier président sera élu par le parlement. Ils doivent se doter d'institutions dont les membres seront élus et non plus nommés.

«Il est clair que les partis hutus vont tout rafler», a estimé un autre spécialiste de la région des Grands Lacs. «L'enjeu des élections sera de savoir qui des FDD ou du Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi, principal parti hutu) sera en tête», a-t-il ajouté, sous le couvert de l'anonymat.

Selon la nouvelle Constitution, le président sera élu au suffrage universel direct, sauf pour le premier mandat. L'Assemblée nationale et le gouvernement seront composés de 60% de Hutus et de 40% de Tutsis, et le Sénat de 50% de Hutus et de 50% de Tutsis. L'armée et la police doivent être composées à parité des deux ethnies.