A contrecoeur, et parce que son fidèle allié lui a probablement signifié qu'il y avait là une ligne rouge à ne pas franchir, George Bush a fini par céder: Feroz Abbasi et Moazzam Begg – deux citoyens britanniques qui comptaient parmi le premier groupe de détenus du camp X-Ray à Guantanamo Bay à devoir faire face au tribunal militaire ad hoc en cours de construction sur la base américaine de Cuba – ne seront pas jugés par cette cour d'exception. Ils risquaient la peine de mort et l'exécution à même la base.

Depuis plusieurs semaines, quelque 200 députés à la Chambre aux communes avaient pris le relais des organisations humanitaires britanniques et de nombreux juristes pour manifester leur inquiétude devant le manque d'équité de la procédure imaginée par le Pentagone – en charge du camp X-Ray, où sont détenus depuis dix-huit mois, hors du droit international, quelque 680 individus capturés durant la campagne d'Afghanistan contre le régime taliban fin 2001.

Ces inquiétudes ont été renforcées jeudi soir, lorsque George Bush, en pleine conférence de presse conjointe avec Tony Blair, a qualifié ces prisonniers de «combattants illégaux, capturés sur le champ de bataille en train d'aider […] les talibans. Une seule chose est sûre, ces gens sont mauvais.» Le chef du camp X-Ray a déclaré le mois dernier qu'il ne gardait «pas des innocents, mais des terroristes endurcis».

L'attorney général britannique (premier magistrat judiciaire du pays), Lord Peter Goldsmith, doit se rendre ce dimanche à Washington pour une série de négociations de deux jours qui préciseront le sort exact des neufs citoyens britanniques détenus à Guantanamo. Le ministre britannique de l'Intérieur, David Blunkett, favorise un procès sur sol américain, alors que son collègue du Foreign Office, Jack Straw, préférerait que les deux hommes soient extradés.

Avocate des deux hommes, Louise Christian a fustigé l'attitude de Londres et de Washington: «C'est trop peu, et trop tard. Dix-huit mois dans une cage, avec deux sorties de vingt minutes par semaine, les pieds entravés, et le seul Coran comme distraction, sans avoir droit à un avocat ni à aucune visite, peut avoir de sérieuses conséquences sur l'état mental de mes clients. Et si ceux-ci doivent être jugés selon les principes du droit, qu'arrivera-t-il aux autres?»

Washington a peut-être ouvert les portes à des demandes similaires. Le Yémen et l'Arabie Saoudite menacent de couper court à toute collaboration antiterroriste si leurs ressortissants sont jugés par le tribunal d'exception du camp X-Ray.