Les quatre principaux journaux nordiques ont publié sur leurs Unes de ce jeudi 1er juillet, date du 100e anniversaire du Parti communiste chinois, une lettre adressée à Xi Jinping pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse qui ont lieu à Hongkong. Son titre: Nu er nok nok – «Maintenant ça suffit» en danois.

Le crime de l’opinion

«Le monde ne peut plus regarder passivement la Chine démanteler graduellement la liberté de la presse à Hongkong», écrivent les rédacteurs en chef des quotidiens de référence norvégien Aftenposten, suédois Dagens Nyheter, danois Politiken et finlandais Helsingin Sanomat. «Nous avions espéré que les autorités chinoises respecteraient leurs garanties que les droits démocratiques fondamentaux seraient défendus et préservés à Hongkong. Malheureusement, cet espoir s’est estompé ces derniers temps», déplorent-ils.

Leur lettre, adressée à la République populaire de Chine, et plus précisément à son président Xi Jinping, évoque notamment les déboires du journal hongkongais Apple Daily. En juin, ce journal pro-démocratie a été contraint de fermer. Ses avoirs ont été gelés en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale et certains de ses dirigeants ont été arrêtés notamment pour avoir publié une série d’articles.

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Si les dirigeants hongkongais multiplient depuis un an les discours assurant que les libertés demeurent garanties, l’expression de certaines opinions politiques est, en vertu de cette loi draconienne, un crime passible de la prison à perpétuité. «Le dernier espoir, peut-être naïf, s’est hélas éteint après que le journal libre Apple Daily a dû jeter l’éponge la semaine dernière du fait que les autorités bâillonnent la liberté d’expression», soulignent les quatre auteurs.

Des intimidations

«Nous observons avec une inquiétude grandissante comment notre métier – le journalisme libre, indépendant et critique – est criminalisé, précisent-ils. Nous protestons contre les dirigeants chinois qui aiment se présenter comme une puissance bienveillante. Mais il n’y a rien de bienveillant dans les attaques d’un État contre une presse libre […] Cela reflète plutôt un gouvernement qui, malgré de grands progrès dans de nombreux autres domaines au cours des dernières décennies, peut à peine croire que c’est pour le bien du peuple.»

Et de conclure: «Nous allons l’intensifier et ouvrir nos journaux à une couverture encore plus intensive des développements effrayants qui se déroulent à Hongkong. Nous le ferons en utilisant la liberté de la presse qui est refusée à nos collègues hongkongais […] Nous devons être solidaires pour montrer que les informations qui essayent d’être censurées à Hongkong sortiront ailleurs dans le monde.»

Chantres des droits et des libertés – ils monopolisent les quatre premières places au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières –, les pays nordiques ont connu plusieurs passes d’armes avec la Chine ces dernières années. En 2010, l’attribution – par un comité indépendant du pouvoir norvégien – du prix Nobel de la paix au dissident emprisonné chinois, Liu Xiaobo, a valu à la Norvège un gel durable de ses relations diplomatiques bilatérales.

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Des tensions ont aussi opposé la Chine et la Suède autour du sort de l’éditeur Gui Minhai, Chinois naturalisé Suédois, condamné dans son pays d’origine à dix ans de prison pour avoir «illégalement diffusé à l’étranger des informations classées».