Leurs noms livrés en pâture aux internautes: voilà la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui des milliers de diplomates, militaires, informateurs, agents secrets que les câbles diplomatiques en possession de WikiLeaks mentionnaient.

En temps normal, le site s’était engagé à livrer progressivement ses câbles à des journaux partenaires en ayant soin de leur demander de purger soigneusement tous les noms des acteurs susceptibles d’être mis en danger si leur identité venait à être divulgée.

Dans cette perspective, il fallait cinq mois de décantation aux journaux pour purger les câbles de toutes données sensibles. Aujourd’hui, il suffit de quelques heures aux internautes – qui disposent d’une bonne connaissance du dossier – pour accéder à l’ensemble des câbles diplomatiques originaux stockés sur certains serveurs de partage. Réunis dans un fichier unique, ces câbles pourraient aujourd’hui mettre en danger certaines sources de WikiLeaks qui travaillent notamment sous des régimes dictatorieux.

Comment ce fichier a-t-il pu se retrouver sur Internet? Hier, les circonstances à l’origine de la fuite restaient floues. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, le site créé par Julian Assange aurait mis en ligne ce fichier par erreur dans une version non expurgée. Une thèse aussitôt démentie par les militants de l’organisation. Toujours selon le Spiegel, le fondateur de WikiLeaks lui-même aurait confié le mot de passe permettant de déchiffrer ces câbles à une personne extérieure. Celle-ci l’aurait ensuite diffusé sur internet par inadvertance. Cette série d’erreurs serait liée au conflit qui oppose le fJulian Assange à l’un de ses anciens bras droit, l’Allemand Daniel Domscheit Berg. Lequel avait quitté l’organisation pour fonder OpenLeaks, un site concurrent, non sans emporter avec lui des masses de documents appartenant à son ancien employeur. Il aurait finalement restitué une partie des fichiers, dont une série de câbles diplomatiques américains, qui auraient été mélangés avec des archives en ligne.

Pour Julian Assange, toujours assigné à résidence au Royaume-Uni depuis son arrestation le 7 décembre 2010, WikiLeaks n’est pas responsable de cette fuite. «Le problème est lié à un grand média partenaire et à un individu mal intentionné», affirme le 30 août l’Australien sur son fil Twitter.

Le coupable selon l’organisation? The Guardian, l’ancien partenaire de WikiLeaks, qui diffusait les câbles jusqu’en début d’année. Hier, le site de Julian Assange a menacé le quotidien britannique de poursuites judiciaires. Car, pour décrypter les câbles, il faut un mot de passe, que deux journalistes travaillant dans le titre, ont divulgué dans un livre paru en février 2011. Par voie de communiqué, The Guardian affirmait que «le livre contenait un mot de passe, mais aucun détail sur la localisation des fichiers. Wikileaks nous avait dit qu’il s’agissait d’un mot de passe temporaire».

En réaction à cette fuite, WikiLeaks s’est mis à publier massivement les câbles qui ont bâti sa notorité. Déjà 144 000 sur les 251 000 que l’organisation a à sa disposition.