Asie du Sud

Au Cachemire, la colère monte entre l’Inde et le Pakistan

La tension entre les deux puissances nucléaires ne cesse de grimper autour de la région disputée du Cachemire. Mercredi, l’Inde et le Pakistan ont tous deux affirmé avoir abattu des avions ennemis

Jusqu’où les frères ennemis peuvent-ils se permettre d’aller? Le premier ministre pakistanais, Imran Khan, a lui-même ouvertement posé la question lors d’une allocution télévisée mercredi après-midi. «Pouvons-nous nous permettre le moindre mauvais calcul avec le genre d’armes que nous avons et que vous avez?» a-t-il lancé en référence à l’arsenal nucléaire des deux pays.

Cette ex-star du cricket entrée en fonction en août dernier a également invité l’Inde au dialogue sur le «terrorisme ou toute question». La ministre des Affaires étrangères indienne, Sushma Swaraj, a elle aussi déclaré tôt dans la matinée que l’Inde ne souhaitait «pas voir une nouvelle escalade de la situation» et que le pays «continuerait à agir avec retenue et responsabilité».

Jaish-e-Mohammed, un groupe insurgé très actif

Au cours de la journée de mercredi pourtant, la fièvre est montée si dangereusement qu’elle a poussé le Pakistan à fermer son espace aérien, à l’instar des aéroports de plusieurs villes du nord de l’Inde. La veille, l’Inde avait affirmé avoir frappé un camp d’entraînement du Jaish-e-Mohammed. Ce groupe islamiste a revendiqué l’attaque ayant causé la mort de plus de 40 paramilitaires indiens à Pulwama, dans le Cachemire indien, le 14 février dernier.

Basé au Pakistan, ce groupe insurgé est très actif dans la lutte armée contre New Delhi au Cachemire indien. Depuis la fin des années 80, le Cachemire indien connaît en effet une insurrection séparatiste meurtrière ayant fait des dizaines de milliers de morts. L’Inde accuse régulièrement son voisin de l’alimenter secrètement, ce que le Pakistan a toujours démenti.

Nous n’avons aucune intention d’escalade mais sommes préparés à cette éventualité

Extrait d'un communiqué du Ministère des affaires étrangères pakistanais

Après les frappes de mardi qualifiées par New Delhi de «non-militaires» et ayant pour objectif «d’éviter une nouvelle attaque terroriste en Inde», le Pakistan avait aussitôt dénoncé une «grave agression». Islamabad avait fait savoir qu’il se réservait le droit d’une réponse appropriée.

Le Pakistan a affirmé mercredi avoir procédé à des frappes tirées depuis son territoire visant l’autre côté de la ligne de contrôle qui sert de frontière de facto aux deux pays. «Nous n’avons aucune intention d’escalade mais sommes préparés à cette éventualité si nous sommes forcés à ce paradigme», peut-on lire dans un communiqué du Ministère des affaires étrangères pakistanais.

L’armée pakistanaise a ensuite annoncé avoir abattu deux avions indiens qui survolaient son espace aérien et fait prisonnier l’un des deux pilotes. «Après avoir démontré notre capacité, notre volonté et notre détermination, nous ne souhaitons toujours pas une escalade», a néanmoins affirmé Asif Ghafoor, un porte-parole de l’armée pakistanaise.

Pilote indien visiblement blessé

Dans sa version des faits, l’Inde a reconnu avoir perdu un avion dans un combat aérien au cours duquel elle a affirmé avoir elle aussi abattu un avion ennemi. «L’avion pakistanais a été vu par les troupes au sol tombant du ciel du côté pakistanais», a déclaré Raveesh Kumar, le porte-parole du Ministère des affaires étrangères indien.

Dans la soirée, New Delhi a fait savoir qu’il attendait le «retour immédiat et en toute sécurité» de son pilote aux mains des Pakistanais. «La capture de ce pilote pourrait devenir un obstacle à la désescalade», estime Sameer Patil, du Centre pour la sécurité internationale Gateway House. Dans la journée, une vidéo du pilote indien les yeux bandés et visiblement blessé a été publiée par les médias pakistanais et a circulé sur les réseaux sociaux.

Trois guerres par le passé

«La puissance émotionnelle que peuvent véhiculer ces images pourrait faire basculer encore un peu plus l’opinion publique en Inde», poursuit le chercheur. Le premier ministre, Narendra Modi – qui entretient l’image d’un homme fort –, s’apprête par ailleurs à solliciter un nouveau mandat au printemps lors des élections générales.

«Le Pakistan propose un dialogue après avoir capturé un pilote mais l’Inde ne peut accepter cette offre, cela reviendrait à perdre la face», estime Ajai Sahni, directeur de l’Institut pour la résolution des conflits à New Delhi, qui prédit ainsi une nouvelle escalade tout en excluant une guerre entre les deux puissances nucléaires. L’Inde et le Pakistan se sont déjà fait la guerre à trois reprises par le passé, notamment en raison de la division du Cachemire entre les deux pays, qui se le disputent depuis leur indépendance en 1947.

Le regain de tension entre les deux voisins d’Asie du Sud, qui entretiennent depuis plus de 70 ans des relations conflictuelles, suscite les craintes de la communauté internationale. La Chine, l’Union européenne, les Etats-Unis et la France ont appelé les deux pays à la retenue.

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