Cacophonie à droite sur le front républicain

France Entre le PS et le FN, Nicolas Sarkozy laisse les électeurs choisir

Le président tente de ramener l’ordre

«Nous disons à nos électeurs: c’est à vous de décider!» Nicolas Sarkozy n’a pas attendu la réunion du bureau politique de l’UMP, prévue mardi soir, pour tenter d’éteindre l’incendie. Il y avait urgence. Dès la matinée, devant les députés de son parti, le chef de la droite a fixé la ligne à adopter après le premier tour de l’élection législative partielle du Doubs (Le Temps d’hier). «Il ne doit pas y avoir de nouveau député FN», a expliqué l’ancien président de la République, alors que la candidate du Front national affrontera dimanche prochain celui du Parti socialiste dans l’ancienne circonscription de Pierre Moscovici. «Mais on peut dire non au FN sans pour autant souhaiter la victoire du Parti socialiste», a-t-il poursuivi. Renvoyant dos à dos les partisans du front républicain et ceux du «ni ni» (ni gauche, ni FN), Nicolas Sarkozy a finalement placé les électeurs devant leurs propres responsabilités. «Si nous ramenons tout à un problème de conscience, nous risquons de faire du problème du Doubs un risque d’explosion de l’UMP», a-t-il expliqué.

Un risque d’explosion? Un euphémisme. Dès lundi, les divisions étaient apparues au grand jour. Mais c’est la réaction d’Alain Juppé qui a fait monter la moutarde au nez de son rival pour la prochaine présidentielle. Sur son blog, le maire de Bordeaux a appelé les électeurs du Doubs à voter socialiste au second tour. Une trahison, selon Nicolas Sarkozy. «Alain Juppé aurait dû attendre et ne pas diviser», s’est-il agacé devant les députés.

C’est peu dire que la question du Front républicain empoisonne la droite depuis des années. Certains, comme François Fillon, y ont même perdu leur latin. En 2011, alors premier ministre, il appelait à voter contre le FN. En 2013, redevenu député, il appelait à se prononcer «pour le moins sectaire des deux» en cas de duel PS-FN au second tour d’une élection. Aujourd’hui, il se range derrière le «ni ni»… En 1998, Jacques Chirac avait fixé la digue: aucun rapprochement avec l’extrême droite. Cette année-là, des élus de droite avaient voulu s’allier avec le FN pour garder des régions. Ils avaient été exclus. Quatre ans plus tard, le même Chirac bénéficiait de façon spectaculaire du front républicain: qualifié pour le second tour de la présidentielle face à Jean-Marie Le Pen, il profitait du report massif des voix de gauche pour l’emporter avec 82% au second tour. Mais «le vieux» est aujourd’hui à la retraite et avec lui ses préceptes.

Après plusieurs sondages donnant Marine Le Pen largement en tête pour la prochaine présidentielle avec environ 30%, Nicolas Sarkozy le reconnaît lui-même: «Une victoire nationale du FN n’est plus impossible.» Mais pas question pour autant de s’allier avec la gauche pour le combattre. «Sa position sonne comme un nouveau «ni ni». Ni Juppé, ni Fillon», résume d’une formule l’historien Christian Delporte, auteur de Come back! ou l’art de revenir en politique (Flammarion).

La cacophonie entache en tout cas encore un peu plus son retour au-devant de la scène politique. Mal élu en novembre dernier à la tête du parti (Bruno Le Maire, son principal challenger, lui avait ravi près de 30% des voix), Nicolas Sarkozy peine à trouver ses marques. Piégé par l’unité nationale qui s’est imposée après les attentats, il n’a pas su incarner une opposition offensive. Et quand il l’a fait, après l’annonce par Manuel Valls du renforcement du dispositif anti-terroriste, il n’a pas fait mouche. La disqualification du candidat de l’UMP dans le Doubs dès le premier tour s’ajoute à la liste des ratés.

Sentant la droite fragilisée, le PS s’engouffre dans la brèche. «Dire non au FN sans dire oui à ceux qui disent non au FN, c’est se faire des nœuds au cerveau», ironise le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis.

La disqualification du candidat de l’UMP dans le Doubs dès le premier tour s’ajoute à la liste des ratés