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A Calais, Macron en humaniste ferme

Le chef de l'Etat français était en visite mardi dans le port français où continuent d'échouer les migrants désireux de se rendre au Royaume Uni. Sa priorité? Ne pas tolérer de nouveaux bidonvilles comme l'ex-«jungle» démantelée en octobre 2016

Emmanuel Macron réussira-t-il à imposer ce que ses prédécesseurs ont toujours échoué à mettre en œuvre? Une politique migratoire à la fois ferme sur les principes, mais respectueuse de la dignité et de la détresse des migrants, défendus par un tissu d’associations et de militants engagés à leurs côtés. Telle est en tout cas la volonté exprimée mardi par le président français à Calais, le port nordiste où continuent d’échouer des centaines de migrants désireux de rejoindre le Royaume-Uni.

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D’une part, pas question de laisser se reconstituer de nouveaux bidonvilles, à l’image de la «jungle» démantelée par la force en octobre 2016. De l’autre, une puissance publique davantage présente, qui prendra notamment en charge la distribution de repas «de manière organisée, avec des points mobiles, sans tolérer aucune installation de campements illicites». Le tout sur fond d’un appel aux 1300 policiers déployés en permanence aux abords de la ville à se montrer «exemplaires». «Aucun manquement à la déontologie ne sera toléré» et «si manquement il y a, des sanctions seront prises», a promis le chef de l’Etat après avoir annoncé une prime pour les forces de l’ordre.

Un appui clair au ministre

Le calendrier de cette visite n’est pas dû au hasard. Jeudi, le président français se rendra en effet à Sandhurst pour un sommet franco-britannique durant lequel la question de Calais sera de nouveau posée, vu la détermination des migrants à traverser la Manche coûte que coûte. En décembre, un Afghan a été trouvé mort sur la rocade d’autoroute qui surplombe l’ex-«jungle», sans doute heurté par une voiture alors qu’il cherchait à s’accrocher à un camion en partance pour l’un des ferries à destination de Douvres. 115 000 tentatives d’intrusion auraient été recensées en un an, soit une moyenne de 315 par jour. 24 000 étrangers en situation irrégulière, contre 55 000 en 2016, ont été interpellés à la frontière alors qu’ils étaient cachés dans des camions. 24 filières de passeurs auraient enfin, selon le président français, été démantelées l’an dernier dans le Calaisis.

Quid de la responsabilité des Britanniques? Deux dossiers, au moins, seront sur le dessus de la table lors de la rencontre de Sandhurst avec la première ministre Theresa May empêtrée dans les négociations du Brexit. Le premier est celui des ex-mineurs isolés de la «jungle» que les Anglais avaient promis en 2016 d’accueillir sur leur sol. Or seuls 400 auraient, depuis, été acceptés, sur plus de 1000 demandes déposées. Second dossier, celui du soutien financier britannique aux efforts déployés pour sécuriser cette frontière commune que sont le port et le terminal ferroviaire de l’Eurostar: «Chacun doit le savoir, tout est fait pour que le passage illégal vers le Royaume-Uni ne soit pas possible. Calais n’est pas une porte d’entrée dérobée vers l’Angleterre, et je veux être ici très clair, cela continuera à être le cas.»

Projet de loi en discussion

Autre moment fort de cette journée très attendue par les associations d’aide aux migrants: l’appui apporté par le président à son ministre de l’Intérieur, l’ex-maire PS de Lyon Gérard Collomb, devenu leur bête noire en raison de ses directives autorisant les policiers à effectuer des contrôles d’identité dans les centres d’hébergement. Alors qu’un projet de loi sur l’immigration et l’asile est en discussion au parlement – y figurent des propositions telles que la création de plus de 10 000 places d’hébergement, l’allongement à 90 jours de la durée possible de rétention administrative des clandestins, et surtout l’augmentation des expulsions –, Emmanuel Macron n’a pas cédé aux pressions de son flanc gauche, qui lui a rappelé ses promesses «morales» de candidat.

Une tribune publiée dans Le Monde hier s’emportait contre l’inhumanité des traitements réservés aux migrants, à Calais comme dans les métropoles ou dans les zones frontalières reculées des Alpes. La réponse présidentielle est demeurée ferme: «La situation est ce qu’elle est, par la brutalité du monde qui est le nôtre, explique-t-il. Avant d’appeler à faire preuve à la fois d’humanité, «parce que ce sont des femmes et des hommes à qui nous la devons», et de reconnaissance envers la police «parce que c’est le souci de chaque jour des forces de l’ordre qui rend notre tranquillité possible, parce que c’est leur engagement de chaque jour qui rend l’ordre de la République possible.»

Plus de 100 000 requérants

Côté chiffres nationaux, Emmanuel Macron est demeuré discret. Ceux-ci viennent pourtant d’être publiés. Le cap des 100 000 demandeurs d’asile (280 000 en Allemagne en 2016) a été franchi en France en 2017, soit une hausse de 17% sur un an selon l’Ofpra, l’organisme chargé de statuer sur les demandes. Selon les chiffres du Ministère de l’intérieur, plus de 26 000 individus ont été, en 2017, renvoyés vers leur pays d’origine. Mais ces statistiques sont trompeuses. La plupart d’entre eux sont issus de trois pays: l’Afghanistan, l’Albanie et le Brésil (dont les ressortissants entrent clandestinement… en Guyane). Quid des autres pays d’origine, pourvoyeurs du plus grand nombre de demandes d’asile en 2017: Soudan, Guinée, Côte d’Ivoire et République démocratique du Congo? Quid des faux réfugiés syriens, souvent originaires d’Irak, de Turquie, du Pakistan ou du Bangladesh?

«La question des renvois est cruciale. On ne pourra pas gérer ce dossier en continuant de promettre le respect des principes bafoués par ceux qui, déboutés de l’asile, restent en France», justifie un élu calaisien. Ceci alors que l’Ofpra multiplie les efforts pour accélérer le traitement des demandes. 43% des dossiers traités par l’Ofpra en 2017 ont abouti – au bout d’un examen de six à dix-huit mois – à un statut de réfugié ou à une protection subsidiaire. Avec des pics pour les ressortissants de pays jugés les plus dangereux comme la Syrie (95%), l’Afghanistan (83%) ou le Soudan (60%).

A lire: le cri du coeur du Docteur de Xavier Emmanuelli, l'un des fondateurs de Médeçins sans Frontières et du Samu social de Paris. «Accueillons les migrants !» (Ed . Archipel)

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