Le «califat» autoproclamé par l'organisation jihadiste la plus redoutée au monde a été éliminé par les forces arabo-kurdes soutenues par les Etats-Unis, après la conquête samedi du dernier territoire tenu par le groupe Etat islamique (EI) en Syrie.

Pour célébrer la victoire, des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), fer de lance de la lutte antijihadistes dans la Syrie en guerre, ont hissé leur drapeau jaune dans le village conquis de Baghouz où les derniers jihadistes avaient désespérément résisté.

Au sol, à quelques mètres du fleuve, un drapeau noir de l'EI git à même le sol, pris dans des branches desséchées, selon une équipe de l'AFP sur place. Près de Baghouz, des combattants et combattantes des FDS, dominées par les Kurdes, ont aussi dansé la dabké, une danse traditionnelle.

Le président Emmanuel Macron a salué la chute du califat autoproclamé. Il juge qu'un «danger majeur pour notre pays» avait été «éliminé».

«La menace demeure et la lutte contre les groupes terroristes doit continuer», poursuit le chef de l'Etat. Il s'est exprimé dans deux tweets postés en hommage à la coalition internationale, après l'annonce de la conquête en Syrie du dernier bastion de l'organisation djihadiste la plus redoutée au monde.

La perte dans son intégralité de cette dernière poche dans l'est de la Syrie, près de la frontière irakienne, signe ainsi la fin territoriale de l'EI en Syrie, après sa défaite en Irak voisin en 2017.

Après s'être emparé de vastes régions en Syrie et en Irak, l'EI avait proclamé en juin 2014 un «califat» sur un territoire grand comme le Royaume-Uni, instaurant sa propre administration et collectant des impôts avant de lancer une campagne de propagande pour attirer des recrues étrangères.

Mais l'organisation jihadiste la plus brutale dans l'histoire moderne y avait aussi fait régner la terreur: décapitations, exécutions massives, rapts et viols.... Sans compter les enlèvements d'étrangers et les attentats meurtriers revendiqués en Syrie, dans d'autres pays arabes ou asiatiques et même en Occident ainsi que la destruction de trésors archéologiques.

Cette victoire proclamée après une dernière campagne militaire de six mois est une date marquante dans la lutte contre les mouvements jihadistes dans le monde.

«Les FDS annoncent la totale élimination du soi-disant califat et une défaite territoriale à 100% de l'EI», a déclaré un porte-parole des FDS, Mustefa Bali dans un communiqué.

Les combats, selon lui, ont été très violents face aux derniers irréductibles de l'EI qui étaient au final acculés dans une petite bande de territoire au bord du fleuve Euphrate, dans la province de Deir Ezzor.

Chute de Baghouz

Il ne restait qu'une «colline contrôlée par l'EI», a indiqué un autre responsable des FDS. Au pied d'une colline, les restes d'un campement de fortune où se terraient les jihadistes sont encore visibles. Battus par le vent, au milieu de squelettes de voitures calcinées, des draps, des tapis de jutes ou des couvertures épaisses, étendues sur des tiges de fer ou des arbustes, faisaient office de tentes. Certaines dissimulent des tranchées profondes. Il y a des marmites, des bassines en plastique, un poêle de chauffage même, et des vêtements déchirés coincés dans les branches d'arbustes desséchés.

Des combattants des FDS, le bas du visage parfois masqué par un foulard, sont stationnés sur les toits de bâtisses. Les derniers jihadistes se cachaient dans des tunnels souterrains et des caves, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le dernier assaut des FDS contre Baghouz, lancé début février, est l'ultime phase d'une opération déclenchée en septembre 2018 pour chasser l'EI des derniers secteurs sous son contrôle en Syrie. La campagne militaire soutenue dans les airs par la coalition internationale soutenue par les Etats-Unis a été ralentie par la sortie de l'enclave de dizaines de milliers de personnes, dont des milliers de jihadistes qui se sont rendus et leurs familles.

Depuis janvier, plus de 67 000 personnes ont quitté la poche de l'EI, dont 5000 jihadistes arrêtés après leur reddition, selon les FDS. Les civils parmi elles, pour la plupart des familles de jihadistes, ont été transférés dans des camps principalement dans celui d'Al-Hol (nord-est) où ils vivent dans des conditions difficiles.

Le rapatriement de jihadistes ou de leurs familles fait toujours débat notamment au sein des pays occidentaux. Plus de 750 combattants des FDS ont péri en six mois de combats et presque le double de jihadistes, selon l'OSDH. Vendredi soir, la Maison Blanche avait d'emblée annoncé que le «califat territorial de l'EI a été éliminé en Syrie», mais les FDS avaient ensuite souligné que les combats se poursuivaient.

Une dernière vidéo de l'EI

Quelques heures avant l'annonce de sa défaite, l'EI a dans une vidéo appelé ses partisans à résister et à mener des attaques contre «les ennemis» en Occident. Ces deux dernières années, l'EI a vu son «califat» se réduire comme peau de chagrin avec la multiplication des assauts contre les régions sous son contrôle.

Mais après les pertes territoriales, des combattants de l'EI restent disséminés dans le désert s'étendant du centre de la Syrie jusqu'à la frontière irakienne, ainsi que dans des zones désertiques de l'autre côté de la frontière, en Irak.

Des cellules dormantes parviennent aussi à mener des attentats meurtriers, disent les experts selon lesquels l'EI a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. D'autres analystes estiment que le catalogue barbare de vidéos d'exécutions de l'EI continuera, même après l'élimination du «califat» à hanter les imaginations dans le monde et à servir de modèle pour semer la terreur.

La bataille contre l'EI était le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 370.000 morts depuis mars 2011, le régime de Bachar al-Assad, soutenu par la Russie et l'Iran, ayant reconquis près des deux-tiers du pays.

Cette guerre, déclenchée par la répression de manifestations prodémocratie, s'est complexifiée au fils des ans avec l'implication de puissances étrangères et de groupes jihadistes. A son apogée en 2014, l'EI contrôlait un territoire aussi vaste que la Grande-Bretagne en Irak et en Syrie. L'organisation responsable d'atrocités et d'attentats meurtriers y compris en Europe y avait imposé un règne de terreur.


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En vidéo: Au cœur de la bataille de Baghouz