« Robert Harris avait tué, il y a quatorze ans, deux jeunes adolescents à San Diego, en Californie. Mardi, il a mis 6 heures et 20 minutes à mourir. Il devait être exécuté dans la chambre à gaz de la prison de San Quentin, près de Los Angeles, à 3 heures 1 minute. Il le fut à 9 heures 21 minutes. Plus de six heures de danse macabre dans le couloir de la mort entre une cage de haute sécurité et le bac à cyanure. Plus de six heures de bataille judiciaire ­entre une cour d’appel locale et la Cour suprême des Etats-Unis. D’un côté, des avocats qui tentaient ­d’arracher désespérément Harris à l’engrenage fatal. De l’autre, neuf juges, exaspérés par ces ma­nœuvres retardatrices, à bout de patience, qui voulaient en finir pour que justice soit faite.

A quatre reprises, on entrava Harris dans le fauteuil à lanières de cuir. A chaque fois, au moment où les tablettes de cyanure allaient tomber dans le bain d’acide, un coup de téléphone le sauva pour quelques heures. Harris ne suffoqua qu’une dizaine de secondes avant d’être asphyxié mais son agonie dura toute la nuit. Une longue nuit, terrible, haletante. La défense attaqua sans relâche sur deux terrains: de nouvelles preuves de la culpabilité du frère de Harris, présent sur les lieux du crime, et l’inconstitutionnalité de la chambre à gaz. Démolissant l’un après l’autre ces arguments, les «sages» de Washington, à 4500 kilomètres des lieux du drame, sortirent une dernière fois le condamné de sa cellule: deux d’entre eux seulement auraient voulu qu’il y passe le reste de sa vie.

C’est la première fois depuis vingt-cinq ans que la Californie, réputée laxiste dans les mœurs et libérale dans ses lois, exécute un condamné à mort. Les adversaires de la peine capitale – plusieurs centaines d’entre eux manifestèrent autour de la prison jusqu’au dénouement – redoutent que Harris ne soit en réalité le premier exemple d’une nouvelle période «intransigeante». Ramona Ripston, qui dirige l’American Civil Liberties Union, estime qu’une «barrière psychologique» vient d’être franchie. «La Californie qui, dans bien des domaines, donne le ton à tout le pays, a remis avec éclat et au milieu d’une intense émotion la chambre à gaz à l’ordre du jour, précise-t-elle. Terrible message: d’autres Etats seront engagés à la suivre dans cette implacable procédure». […]

Selon les derniers sondages, 80% des Californiens estiment qu’un meurtrier doit payer son crime de sa vie et pour l’ensemble des Américains le chiffre est de 79%. Trente-six Etats ont prévu la peine de mort dans leur juridiction. Depuis que la Cour suprême l’a légalisée en 1976, 168 hommes et une femme ont été exécutés, dont les deux tiers dans quatre Etats du Sud: Texas, Floride, Louisiane et Géorgie. »