Environnement

En Californie, une fuite de méthane entraîne l’état d’urgence

Depuis le mois d’octobre, un puits d’extraction de méthane, un puissant gaz à effet de serre, fuit à Porter Ranch, au nord de Los Angeles. Le gouverneur de la Californie Jerry Brown a annoncé mercredi l’état d’urgence. Incommodées par l’odeur, des milliers de personnes ont été déplacées

Le gouverneur de Californie Jerry Brown a annoncé mercredi l’état d’urgence autour de Los Angeles à cause d’une fuite de méthane massive qui dure depuis le mois d’octobre au nord de la ville, dans le Canyon d’Aliso, sur la commune de Porter Ranch.

L’origine de la fuite est une fissure non localisée dans une conduite d’extraction d’une vingtaine de centimètres de diamètre, exploité par la compagnie Southern California Gas (SoCalGas). Ce puits d’une longueur d’environ 2900 mètres puise dans une poche souterraine le gaz naturel qui est constitué d’au moins 90% de méthane.

La fuite ne sera pas colmatée avant février voire mars, selon SoCalGas. Après plusieurs tentatives infructueuses pour boucher le trou depuis octobre, SoCalGas creuse un deuxième puits le long du premier afin de décharger la pression dans la conduite percée et de la boucher définitivement. Selon un communiqué de la firme, la quatrième étape de cette manœuvre, qui consiste à connecter les deux puits à 2500 mètres de profondeur a été atteinte.

Sur les 340 sites de collecte de gaz naturel en Californie, SoCalGas en exploite 160. La société dit ne pas connaître la cause de la fuite qui pourrait se situer à environ 150 mètres sous la surface. Interrogé par le Los Angeles Times, Jason Marshall, qui supervise les puits d’extraction pour la Californie, affirme que l’âge de la conduite vieille de 61 ans serait la cause. Le puits est opérationnel depuis 1954, d’abord pour pomper du pétrole, puis du méthane en 1973. La dernière inspection datait d’octobre 2014.

Une odeur artificielle nocive

Le méthane ne possède ni couleur ni odeur et ne peut être détecté qu’à l’aide d’une caméra infrarouge. La société SoCalGas ajoute au gaz des composés odorants permettant à quiconque de repérer la présence de méthane dans l’air. Le mélange d’additifs nauséabonds utilisés par SoCalGas est utilisé depuis longtemps dans ce type d’industrie, selon la société, et détectable à des seuils très bas.

Hélas, les habitants les plus sensibles de Porter Ranch souffrent déjà des effets directs de ces additifs, appelés mercaptans, riches en souffre, qui se sont répandus dans la région. Plusieurs personnes ont rapporté des saignements de nez, des maux de tête et des nausées. Les autorités et associations locales pour l’environnement tiennent SoCalGas dans leur viseur. Plusieurs cas de plaintes ont été déposés par des habitants ainsi que par l’avocat de la ville de Los Angeles, selon le quotidien Los Angeles Times. Des écoles à proximité préparent des solutions de repli pour leurs élèves.

Pour répondre au problème de santé publique, la société californienne offre de reloger gratuitement les habitants de Porter Ranch qui souhaiteraient quitter leur domicile. Fin décembre, plus de 2200 foyers avaient accepté d’être relogés dans des hôtels ou des appartements. SoCalGas distribue aussi des purificateurs d’air.

Risque peu probable pour la santé à long terme

Les institutions de santé publique ont rassuré la population touchée en affirmant qu’il n’y avait aucune preuve que les mercaptans étaient dangereux à long terme. Cependant, il existe peu de précédents à la catastrophe de Porter Ranch. Une étude menée en 2012 par le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC), rappelle le Los Angeles Times, avait montré que les personnes vivant dans un rayon d’environ trois kilomètres d’une fuite qui avait duré six mois sur le site d’extraction de Prichard dans l’Alabama, avaient souffert de symptômes similaires à ceux observés à Porter Ranch mais que ceux-ci n’avaient pas perduré.

Les autorités de santé doivent encore évaluer la toxicité des autres gaz souterrains libérés avec le méthane, en général du benzène, du toluène et d’autres composés cancérogènes présents en faible proportion.

30% des émissions totales de la Suisse

Le méthane n’est peut-être pas toxique pour l’homme mais il constitue l’un des plus puissants gaz à effet de serre. Les experts qualifient la fuite de catastrophe majeure. «Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ce gaz à effet de serre est estimé entre 28 à 34 fois plus puissant que le CO2», précise Lukas Emmenegger, chercheur en technologie environnementale et de pollution de l’air au Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (EMPA).

Le bureau en charge de surveillance de la qualité de l’air, à l’Agence californienne pour la protection de l’environnement, mesure régulièrement la quantité de méthane présent dans l’air de Porter Ranch depuis le début de la fuite. Selon le dernier relevé datant du 22 décembre, la brèche dans le puits a libéré entre 30 000 et 58 000 kilogrammes de méthane par heure. L’estimation du cumul de méthane lâché dans l’atmosphère s’élève à 1600 millions de kilos d’équivalent de CO2 sur cette période.

«Selon mes calculs, l’émission moyenne en équivalent CO2 sur cette période équivaut à celles de trois usines électriques au charbon, précise Lukas Emmenegger. Ce qui représente environ 30% des émissions totales de la Suisse! Ce n’est pas négligeable.»

Est-ce que cette fuite de méthane aura des retombés sur le climat? La réponse est non, selon le chercheur de l’EMPA. «Les quantités ne sont pas suffisamment importantes, affirme Lukas Emmenegger. Et il est peu probable qu’il y ait un effet local. Mais il est très inquiétant de voir qu’une catastrophe comme celle-ci peut réduire à néant les efforts coûteux dépensés ailleurs pour réduire les émissions de CO2 et lutter contre le réchauffement climatique. Au final, la fuite de SoCalGas annule les efforts de la Suisse!»

Un incident identique ne semble pas probable en Suisse. «Il n’existe aucun site d’extraction suisse de gaz naturel dans des réserves souterraines, précise Paul Filliger de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Des fuites sont possibles sur les pipelines terrestres. Mais elles représentent en Suisse moins de 4% de l’ensemble des émissions de méthane qui proviennent principalement de l’élevage.»

Publicité