Alors qu’on ne parlait plus que de Bettencourt, revoilà… Betancourt. «Avec un «a» et un «t», dit Le Figaro. Avant que Liliane ne lui vole la vedette, elle a été la reine des médias. Une otage planétaire. Au statut particulier. Mi-ange mi-démon. Adorée par les uns, haïe par les autres.» Ingrid. La madone sylvestre franco-colombienne, dont on apprend que l’ex-mari, Juan Carlos Lecompte, a déposé mi-septembre devant la justice colombienne une demande de saisie des biens de l’ex-otage des FARC. Une requête liée à leur procédure de divorce, a annoncé mardi son avocat à l’Agence France-Presse. Mais qui vise également le patrimoine d’Ingrid Betancourt à l’étranger et les fonds liés aux contrats passés avec des maisons d’édition. Ce, au moment où cette dernière publie un livre sur ses six ans et demi dans la jungle, intitulé Même le Silence a une fin (Ed. Gallimard).

Le site d’Europe 1 précise à ce propos que le 2 juillet 2008, lorsqu’Ingrid Betancourt retrouve la liberté, «sur le tarmac de l’aéroport de Bogota, un journaliste l’attend». Il s’agit de Jefferson Beltrán Neira, qui lui parlait régulièrement à travers l’émission de télévision Las Voces del secuestro, que les otages suivaient dans la jungle. Aujourd’hui, quand on lui demande si ce livre était attendu en Colombie, il répond: «Oui, même si c’est vrai qu’en Colombie», elle «a déclenché des passions et des haines. Ingrid Betancourt a été une sainte, une héroïne quand elle était sénatrice, puis quand elle a été libérée. Mais elle a aussi été très critiquée, et ça a encore été le cas il y a peu quand elle a demandé une indemnisation de plusieurs millions à l’Etat colombien. Ce dernier événement a fait beaucoup de bruit. En un sens, elle était attendue au tournant.»

D’ailleurs, le Christian Science Monitor semble douter que les Colombiens achètent le livre. Et le site Colombia reports parle de «désinformation» à propos de cette publication «intéressant 0% de Colombiens». Alors, qu’y a-t-il dans ce livre? Pour le New York Times, l’auteure rejoint «le cercle très distingué» des écrivains de la réclusion comme Soljenitsyne et son Archipel du goulag. Et pour L’Express, elle «s’inscrit dans la longue tradition de la littérature carcérale, de Dostoïevski à François Bizot». «Si nous ne sombrons, étouffés, dans ce récit fleuve – 700 pages – mêlant introspection, description, périple et analyse, c’est aussi et surtout parce que l’auteure n’a pas joué la linéarité, collant au plus près à la perception du temps ressentie durant son incarcération: si les journées sont sans fin, «semaines, mois, années paraissent s’empiler à toute allure».»

La Presse québécoise a aussi lu ce témoignage, «qui prend par moments des allures de règlement de comptes. Pendant ses six ans et demi de captivité, Ingrid Betancourt a combattu l’hépatite et la malaria. Elle a affronté frelons, tiques, fourmis géantes et piranhas. Mais le pire, ce n’était pas les bêtes qui fourmillent dans les feuillages touffus de la forêt amazonienne. Le pire, c’était ses semblables: les humains. D’abord ses geôliers. […] Ils n’étaient pas tous également cruels et Ingrid Betancourt a même tissé d’étranges liens d’amitié avec certains d’entre eux. Mais d’autres ont fait preuve d’un véritable sadisme, multipliant sévices et humiliations. Et puis il y avait les autres otages. […] Un huis clos étouffant entre des êtres qui partagent un sort épouvantable – et qui finissent par s’entre-déchirer.» «Un journal du désespoir», selon The Economist.

Bon prince, le blog «Le Western culturel» de Courrier international se demande, lui, «pourquoi tant de haine» contre cette femme qui «suscite antipathie et mépris, sans raison valable». Son livre «provoque sur le Net, dans la presse, les médias, des commentaires pour le moins incongrus. […] On lui reproche tout et n’importe quoi.» A commencer par le déferlement médiatique qui a accompagné sa présence en France, en particulier lors de sa visite à Lourdes le 12 juillet 2008, par ses connotations religieuses. «A croire que les beaux esprits qui ironisent passent régulièrement leurs week-ends avec les rebelles des FARC, lieu de villégiature très agréable. Mme Betancourt a vécu près de deux mille jours en enfer et on l’accuse d’avoir sombré dans la religion, d’être étrange. Elle a simplement enduré la barbarie humaine. Ce qui mériterait considération.»

Reste que le livre Out of Captivity écrit par trois co-otages d’Ingrid Betancourt, a tout de même dressé un portrait très peu flatteur de leur codétenue, tout comme Clara Rojas qui l’a qualifiée de «mesquine». Terme également employé par le mari éploré, Juan Carlos Lecompte, pour qui elle est «égoïste», selon Voici. Enfin, Le Point a aussi décrit en détail sa personnalité dans un de ses articles qui a suscité une belle polémique. Ange ou démon, on ne tranchera pas encore aujourd’hui. Mais pour se faire sa propre idée, on peut regrader la soirée consacrée à la madone qui n’est plus en odeur de sainteté ce lundi 27 septembre sur France 3, dès 20h35.