A cinq jours du retour à Phnom Penh du prince Ranariddh, évincé de la tête du gouvernement par un coup de force en juillet dernier, les autorités cambodgiennes ont indiqué jeudi que le dernier carré des Khmers rouges s'entre-déchirait dans le camp retranché d'Anlong Veng, situé en pleine jungle au nord-ouest du pays. Selon des informations encore fragmentaires et à prendre avec précaution, 1500 soldats khmers rouges seraient passés en début de semaine du côté gouvernemental. Jeudi, ils auraient pris le contrôle de la base d'Anlong Veng aux hommes du général unijambiste Ta Mok, le dirigeant khmer rouge qui continue de résister aux troupes gouvernementales.

«Tout est fini à Anlong Veng. Il n'y a plus d'irréductibles dans le camp», a affirmé Tea Banh, ministre cambodgien de la Défense. Les derniers dirigeants – Ta Mok, Khieu Samphan et le leader historique Pol Pot, principal auteur du génocide au milieu des années 70 – seraient en fuite près de la frontière khméro-thaïlandaise avec quelques centaines de combattants. Les émissions de la radio khmère rouge confirment qu'une scission a eu lieu ces derniers jours: elle dénonce deux officiers pour avoir «amené les troupes des communistes Yuon (mot péjoratif pour désigner les Vietnamiens) pour combattre, détruire les maisons et tirer très cruellement sur la population».

Scepticisme thaïlandais

De son côté, l'armée thaïlandaise reste sceptique, indiquant que cette défection est insignifiante. La prudence est de fait de rigueur: c'est loin d'être la première fois que l'on annonce ces dernières années la «fin des Khmers rouges» ou la «fuite de Pol Pot».

Quelle que soit la véracité des informations données par le gouvernement de Hun Sen – second premier ministre mais véritable homme fort du pays –, il est important de noter qu'elles sont livrées brutalement et sans aucun signe avant-coureur à un moment clef: celui du retour longuement négocié du prince Ranariddh pour qu'il puisse prendre part aux prochaines élections. Comme s'il s'agissait d'une manœuvre tactique de la part de Hun Sen pour pouvoir reprendre l'avantage. L'application du plan de paix japonais, qui doit permettre lundi le retour de Ranariddh, comporte ainsi plusieurs conditions, notamment celle de la rupture totale et prouvée des liens entre les forces de Ranariddh et les Khmers rouges d'Anlong Veng.

La prise d'Anlong Veng sera-t-elle suivie de «révélations» compromettantes pour Ranariddh? Le retour du prince au pays va-t-il être remis en cause? Comme lors de son coup d'Etat de juillet dernier, alors même que Ranariddh s'apprêtait à signer un accord avec les Khmers rouges pour les réintégrer politiquement, Hun Sen prouve de nouveau qu'il est le meneur de jeu.

Arnaud Dubus, Bangkok