États-Unis

Cambridge Analytica, du big data pour l’Alt-Right

Derrière Cambridge Analytica se trouve la puissante famille Mercer, des républicains ultra-conservateurs, un temps très liés avec le controversé Steve Bannon

Déjà très discret, Robert Mercer l’est encore davantage depuis que la machine s’emballe autour de Cambridge Analytica et ses méthodes plus que douteuses, allant du siphonnage des données de 50 millions d’utilisateurs de Facebook au recours à des prostituées pour piéger des hommes politiques.

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Le milliardaire et sa fille Rebekah tirent les ficelles de la société. Ils ont joué un rôle clé dans l’élection de Donald Trump. Ils étaient très proches de Steve Bannon, ont même contribué au financement de Breitbart News, sa plateforme de propagande de thèses nationalistes, suprémacistes et racistes, mais s’en sont éloignés depuis le début de l’année. La famille s’est donné un but: radicaliser la droite américaine. Et Cambridge Analytica est devenue une pièce de son puzzle.

15 millions de dollars

Robert Mercer est un mathématicien qui a commencé sa carrière chez IBM. Il a fait fortune en codirigeant Renaissance Technologies, un puissant hedge fund dont il vient de démissionner en novembre. Lui et sa famille sont les généreux donateurs de différents think tanks et médias ultra-conservateurs aux Etats-Unis. Ils ont d’abord soutenu Ted Cruz, un proche du Tea Party, lorsqu’il était candidat à la présidentielle, avant de se rabattre sur Donald Trump, dès le printemps 2016. Ils auraient injecté plus de 11 millions de dollars dans sa campagne.

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Un de leurs leviers, pour faire gagner Donald Trump, était l’entreprise de big data Cambridge Analytica, dont ils sont les principaux investisseurs. Alexander Nix, le jeune CEO de Cambridge Analytica, a toujours refusé d’évoquer publiquement ses soutiens financiers. Mais selon le New York Times, la famille Mercer aurait investi plus de 15 millions de dollars dans la boîte. Cambridge Analytica est désormais également dans le viseur de Robert Mueller, le procureur spécial chargé de l’enquête sur l’affaire russe. Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a fait savoir qu’Alexander Nix l’avait contacté pour tenter d’obtenir des e-mails de Hillary Clinton.

Une nébuleuse liée à la droite américaine la plus conservatrice entoure donc Cambridge Analytica. Plus active sur le plan politique que son discret père, Rebekah Mercer est à la tête de la Mercer Family Foundation et siège dans le conseil d’administration de la Heritage Foundation, un think tank conservateur de Washington. Mais alors que les démissions et limogeages font rage à la Maison-Blanche, que le divorce semble être consommé avec Steve Bannon, il est difficile d’évaluer à quel point la famille exerce encore de l’influence auprès du président américain. Pour certains républicains, son positionnement tout à droite de l’échiquier politique est devenu gênant.

Première rencontre en 2013

Rebekah Mercer a fait partie de l’équipe de transition de Donald Trump. C’est grâce à elle que Steve Bannon serait devenu le conseiller stratégique du président. Limogé, il n’a désormais plus d’influence auprès de Donald Trump. Et serait officiellement à couteaux tirés avec la famille Mercer. Mais tout comme la fille Mercer, Steve Bannon a siégé au sein du comité de direction de Cambridge Analytica. The Observer, l’édition dominicale du Guardian, le rappelle dans une récente enquête.

Le lanceur d’alerte, Christopher Wylie, un ancien employé de Cambridge Analytica, petit génie de l’informatique, a raconté à l’Observer ses liens avec Steve Bannon. Il se décrit comme le Canadien gay et végane «qui a fini par créer l’outil de guerre psychologique de Steve Bannon». Il l’a rencontré pour la première fois en automne 2013, alors que Bannon était encore rédacteur en chef de Breitbart, un homme pour lequel il ne cache pas éprouver une certaine fascination. Christopher Wylie a ensuite été introduit auprès des Mercer. La suite, on la connaît: Cambridge Analytica voit le jour. Steve Bannon y aurait joué un rôle prépondérant pour s’adonner à de la manipulation politique. Les millions des Mercer ont fait le reste.


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