Le thème de l’immigration s’invite déjà dans la campagne électorale britannique qui vient à peine de commencer. Leader du Parti conservateur, David Cameron estime que la barque est bientôt pleine. Dimanche, il a jugé nécessaire que la Grande-Bretagne se fixe un plafond démographique. Peuplé de 62 millions d’habitants, le pays ne doit pas, selon le chef de l’opposition, dépasser les 70 millions, soit un chiffre correspondant aux projections de l’Office national de la statistique à l’horizon 2029. Le gros de cette croissance s’expliquerait par le fait que les mères immigrées sont plus jeunes et ont de plus grandes familles.

Migrants chrétiens

L’objectif est de limiter le nombre d’immigrants à 40 000 ou 50 000 par an au lieu des 160 000 voire 200 000 enregistrés par le passé. Il s’agit en fait de retrouver le niveau d’immigration des années 1990. En tenant un discours aussi restrictif en matière d’immigration, David Cameron n’invente rien. Il prend à son compte une «déclaration sur la population» faite quelques jours plus tôt par l’ancien archevêque de Canterbury, Lord Carey. Officiellement, le leader des tories entend réduire la pression démographique sur les services publics (santé, éducation et logement). En réalité, David Cameron propose une politique d’immigration basée sur des valeurs qui renforcent le caractère chrétien de la Grande-Bretagne. Les conservateurs n’entendent pas s’arrêter là. Ils souhaitent aussi durcir le régime des visas d’étudiants dont le nombre est passé de 69 600 en 1998 à 236 000 en 2009.

Les analystes politiques britanniques s’étonnent de ce soudain durcissement. En pleine récession, la Grande-Bretagne a perdu grandement de son attrait. Le solde migratoire net a rarement été aussi bas. Le nombre annuel d’immigrants a baissé d’un tiers. Le porte-parole des libéraux-démocrates, Chris Huhne, se demande sur quelle base on estime que le chiffre de 70 millions d’habitants serait excessif en 2029. «Cela ressemble à une planification étatique stalinienne.» Difficile aussi de prévoir quels seront les besoins démographiques pour accompagner un redémarrage de l’économie. Une politique migratoire trop restrictive pourrait pénaliser la relance.

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les conservateurs ont décidé de faire de l’immigration un thème de campagne électorale. Face à un électorat désécurisé en raison de la crise économique, il faut réduire l’éventuel attrait du British National Party, une formation d’extrême droite dont la capacité de nuisance pour les tories est manifeste. De plus, brandir le spectre d’une surpopulation est toujours mobilisateur. Enfin, même s’il a entre 10 et 15 points d’avance dans les sondages sur le Parti travailliste de Gordon Brown, le Parti conservateur n’a pas encore gagné les élections législatives du printemps prochain.

Le premier ministre Gordon Brown avait déjà anticipé la menace en serrant la vis de l’immigration en novembre dernier afin de rassurer son électorat plutôt défavorisé. Il est ainsi plus difficile désormais pour les requérants d’asile de présenter plusieurs demandes à la suite afin de rester dans le pays. La mesure est censée faciliter l’accès de travailleurs qualifiés nés au Royaume-Uni à des postes de travail vacants. Dans les offices de l’emploi, les employeurs doivent maintenant afficher leurs offres pendant quatre semaines avant de permettre à un immigrant non européen de prendre le travail. Gordon Brown a aussi introduit un test de citoyenneté, Life in the UK, que même des Britanniques éduqués ont de la peine à remplir.