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Boko Haram continue de semer la mort au Nigeria et chez ses voisins. 
© AFP

Afrique

Le Cameroun accusé de torture dans la lutte contre Boko Haram

Amnesty International accuse le Cameroun d’avoir «banalisé» la torture contre les personnes suspectées d’appartenir au groupe islamiste Boko Haram

Boko Haram continue de semer la mort au Nigeria et chez ses voisins. Au Cameroun, dans la région de l’Extrême-Nord, au moins vingt-trois «bombes humaines» ont explosé dans des lieux publics depuis avril. Dans cette seule région, les djihadistes, qui ont prêté allégeance à l’organisation Etat islamique, ont tué au moins 1 500 civils sur les quatre dernières années, selon Amnesty International (AI).

Graves abus

Cependant, à mesure que le combat se prolonge, la lutte antiterroriste s’accompagne de graves abus. L’organisation de défense des droits de l’homme démontre, dans un rapport publié jeudi 20 juillet, que «le recours à la torture par des agents de l’Etat dans le cadre de la lutte contre Boko Haram est aujourd’hui […] banalisé, et ce, en toute impunité».

«Nous avons une multitude de preuves irréfutables qui montrent que des crimes de guerre ont été commis», affirme Ilaria Allegrozzi, dont le rapport s’appuie sur les cas de 101 personnes détenues au secret, torturées et, pour certaines, tuées par l’armée ou les services de renseignement camerounais entre mars 2013 et mars 2017. «Ce ne sont pas des combattants arrêtés les armes à la main, mais ce sont pour l’essentiel des personnes qui ont eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, interpellées sans mandat officiel, ciblées parce qu’elles sont originaires du nord du Cameroun, musulmanes, d’ethnie kanouri, réfugiées, ou qu’elles faisaient des affaires au Nigeria», détaille la chercheuse. Si Yaoundé veut bien reconnaître des techniques d'«exploitation approfondie», l’ONG, qui a identifié vingt centres de détention, note que «sur les 101 victimes interrogées, 32 déclarent avoir vu des individus mourir des suites des actes de torture qui leur avaient été infligés».

«A Salak - le quartier général du bataillon d’intervention rapide (BIR), dans l’Extrême-Nord -, j’étais enchaîné en permanence, raconte un ancien détenu. Je ne recevais qu’un repas par jour et j’ai été torturé à au moins trois reprises. […] A l’aide d’une chaîne et d’une planche de laquelle dépassait un clou, ils m’ont frappé à plusieurs reprises sur tout le corps.»

«Violations massives des droits de l’homme»

Des soldats américains ou français ont-ils entendu les cris des suppliciés? Des militaires des deux pays déployés pour appuyer l’effort de guerre camerounais ont été aperçus sur cette base par des chercheurs d’AI ou par des détenus à travers «les trous qui servaient de fenêtres» à leur cellule. L’ambassade des Etats Unis à Yaoundé a répondu à l’ONG que certaines unités du BIR, sur lesquelles existent «des informations crédibles de violations massives des droits de l’homme», ne bénéficient plus de l’assistance américaine. L’ambassade de France n’a pas encore donné suite. «Dès qu’il est question de Boko Haram, les chancelleries occidentales et l’ONU sont très timides sur les principes fondamentaux», constate Ilaria Allegrozzi.

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