Hillary Clinton a accepté sa défaite. Mais pas Jill Stein. Ex-candidate à la Maison-Blanche, l’écologiste s’est décidée bille en tête à faire recompter les voix dans le Wisconsin, en Pennsylvanie et dans le Michigan, trois Etats où les résultats étaient très serrés entre la candidate démocrate et Donald Trump. En récoltant les 7 millions de dollars estimés nécessaires pour le faire. Depuis mercredi, elle ne ménage pas ses efforts pour parvenir à son but. En douze heures, elle avait déjà récolté 2,5 millions de dollars. Vendredi, elle se targuait d’en avoir levé plus de 4,8 millions.

Un psychodrame qui ne mènera à rien? Depuis samedi, cette curieuse saga prend une toute nouvelle saveur. Car, surprise du week-end, le camp Clinton a fait savoir qu’il appuyait la démarche. Le président élu Donald Trump s’est de son côté empressé de la qualifier de «ridicule». Dimanche, il s'est fendu de plusieurs tweets concernant cette affaire.

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Une course contre la montre

Jill Stein n’a elle-même récolté que 1% des votes le 8 novembre. Si elle a décidé de se lancer dans cette bataille, c’est pour «garantir l’intégrité du processus démocratique». Mais aussi pour prouver les faiblesses du système électoral américain, dans une campagne où les Etats-Unis ont accusé la Russie d’avoir orchestré des piratages informatiques pour influencer les résultats.

Le 22 novembre, comme l’avait souligné le «New York Magazine», des avocats et experts en sécurité informatique ont suggéré au camp Clinton d’exiger un comptage manuel dans certains comtés du Michigan, de Pennsylvanie et du Wisconsin, en raison de soupçons de fraude électorale. Ils auraient repéré des «anomalies» dans les bureaux de vote équipés de machines électroniques. Si Jill Stein a décidé de se précipiter, c’est parce que le temps presse: la date limite pour le dépôt des recours était fixée à vendredi dans le Wisconsin, Etat qui n’avait plus basculé dans le camp républicain depuis la réélection de Ronald Reagan en 1984. Elle est fixée au 28 novembre pour la Pennsylvanie et au 30 novembre pour le Michigan.

Devant tant d’énergie, l’avocat Marc Elias, conseiller dans l’équipe de campagne d’Hillary Clinton, est sorti de sa réserve ce week-end sur Medium. «Comme nous n’avons pas pu mettre en évidence des preuves suffisantes de hacking ou de tentatives de l’extérieur de manipuler les votes électroniques, nous n’avons nous-mêmes pas envisagé de saisir cette possibilité. Mais maintenant qu’un recomptage est lancé en tout cas dans le Wisconsin, nous entendons y participer pour nous assurer que le processus soit mené d’une façon juste pour toutes les parties. Nous ferons de même pour les deux autres Etats», écrit-il, en précisant ne pas contester les résultats de l’élection. Vendredi soir, la Commission électorale du Wisconsin a accepté de procéder à un recomptage complet des bulletins de vote. L’Etat a jusqu’au 13 décembre pour le faire.

Plus de 2 millions de voix d’avance

Quoi qu’il en soit, selon les experts du Cook Political Report, Hillary Clinton aurait déjà remporté 2 millions de voix de plus que son rival le 8 novembre. 64 637 503 voix pour Hillary Clinton contre 62 409 389 pour Donald Trump, selon le dernier décompte. Jamais un écart aussi important, où le perdant dépasse le gagnant en termes de voix, n’avait été constaté. En 2000, le vice-président Al Gore avait perdu face à George W. Bush alors qu’il le devançait de 544 000 voix. Ces 2 millions de voix en plus pour Hillary Clinton n’y changeront rien, sauf si des anomalies sont constatées: dans ce système de suffrage indirect à un tour, c’est le nombre de grands électeurs qui est déterminant. Et Donald Trump en a remporté 290, contre 232 pour la démocrate.

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Hillary Clinton elle-même ne commente pas

Le 19 décembre, d’ailleurs, ces grands électeurs doivent confirmer leur vote. Certains pourraient changer d’avis. Mais même si une petite poignée d’entre eux le font, cela ne changera pas grand-chose au résultat. En revanche, des sympathisants d’Hillary Clinton se mettent à rêver: si des irrégularités étaient constatées dans les trois Etats clés visés par Jill Stein, et qu’Hillary Clinton y soit finalement donnée gagnante, elle pourrait se retrouver avec 278 grands électeurs, contre, du coup, seulement 260 pour Donald Trump.

Hillary Clinton n’a pour l’instant fait aucun commentaire concernant cette affaire. S’il avait été perdant et avec une telle avance de voix, Donald Trump aurait probablement réagi. N’avait-il pas, avant sa victoire, évoqué la possibilité de ne pas reconnaître les résultats de l’élection en raison de possibles trucages? Cette affaire relance en tout cas le débat sur le système de scrutin universel indirect pour la présidentielle.