Syrie

Dans le camp de Yarmouk, face aux «fantômes»

L’ONU tente de venir en aide à des milliers de personnes affamées dans un quartier au sud de Damas assiégé depuis des mois par l’armée

Dans le camp de Yarmouk, face aux «fantômes»

Syrie Des milliers de personnes affamées dans un quartier au sud de Damas assiégé depuis des mois par l’armée

Une photo peut-elle changer le cours d’une guerre? Les Nations unies veulent le croire ou, à tout le moins, donnent la capacité à l’image ci-dessus de transformer la perception du conflit syrien. «Lorsque nous avons choisi ce cliché, nous savions qu’il avait le potentiel de devenir une icône, un emblème des souffrances vécues par la population en Syrie, individuellement et collectivement», explique Christopher Gunness, porte-parole de l’Unrwa, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens.

L’Unrwa a fait le décompte. Depuis qu’elle a décidé de diffuser cette photo pour illustrer la présence à Yarmouk, lundi dernier, du directeur de l’agence onusienne, ­Filippo Grandi, «plus de mille journaux l’ont utilisée aux quatre coins du monde».

Ces «souffrances» subies par les habitants de Yarmouk, un camp de réfugiés palestiniens devenu au fil des décennies un quartier de Damas, durent pourtant depuis des mois et des mois, et ont été abondamment relayées.

700 paquets d’aide

Le manque de nourriture est à ce point grave que des imams avaient formulé des fatwas autorisant les habitants à manger non seulement des chiens ou des chats, mais aussi des rats. Les quelque 36 000 personnes piégées dans le camp (pour moitié des réfugiés palestiniens et pour moitié des Syriens) se sont mises à arracher des touffes de mauvaises herbes pour en faire de la soupe avec de l’eau croupissante. Filippo Grandi notait lundi que les habitants apparaissaient «comme des fantômes» lorsque, finalement, les distributions d’aide ont pu reprendre ces derniers jours.

«Habituellement, nous postons nos convois à proximité de la porte qui donne accès au camp de Yarmouk depuis le nord. Puis nous attendons que l’autorisation soit donnée ou que les combats cessent. Depuis une semaine, les entrées ont été rendues plus faciles», poursuit Christopher Gunness. L’Unrwa a réussi à distribuer ces derniers jours environ 700 paquets d’aide. Chacun d’eux peut nourrir une demi-douzaine de personnes pendant dix jours.

Cette irruption parmi les «fantômes» fait suite à une résolution votée au Conseil de sécurité samedi dernier, qui demandait aux belligérants en Syrie de permettre un accès humanitaire sans entrave dans les zones peuplées. «Nous comptons sur la coopération de toutes les parties, et nous espérons que ce mouvement d’aide pourra se poursuivre», souligne le porte-parole.

Une source qui est très au fait de la situation à l’intérieur du camp donne pourtant une autre version: «Les combattants (anti-régime syrien) sont tous partis, disséminés dans la nature. Il n’en reste plus un. C’est pour cette seule raison que l’accès est autorisé par l’armée, de manière très partielle.»

Le camp de Yarmouk, où s’entassaient avant le déclenchement des hostilités quelque 160 000 réfugiés palestiniens, a connu une sorte de guerre dans la guerre puisque certaines factions palestiniennes se sont rangées du côté de l’armée syrienne, provoquant ensuite l’intervention des rebelles.

«Cette image a un pouvoir hypnotique. Elle cristallise aussi le sens de ce que nous sommes en train de faire», insiste Christopher Gunness, en semblant parler au nom de la communauté internationale. Pour le meilleur ou pour le pire.

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