Avec une page entière publiée lundi dans plusieurs quotidiens et intitulée «A tous les Néerlandais», le premier ministre libéral, Mark Rutte, a lancé la campagne en vue des élections législatives du 15 mars. Et confirmé que, selon lui, son seul adversaire serait Geert Wilders, le dirigeant du Parti pour la liberté (PVV), la formation d’extrême droite qui caracole depuis des mois en tête de tous les sondages.

Evoquant, dans un message ciselé, «le malaise grandissant» des «gens de bonne volonté» à l’égard des étrangers qui «gâchent les choses» et menacent les libertés, «alors qu’ils sont justement venus dans notre pays pour les trouver», Mark Rutte a indiqué qu’il comprenait ses concitoyens qui voudraient que ces personnes quittent le pays. «Faites les choses normalement, ou allez-vous-en», a-t-il écrit. «Faire normalement», sera d’ailleurs le slogan, un peu étrange, de sa formation, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) pour cette campagne.

Tous les commentateurs étaient d’accord au lendemain de cette publication très inhabituelle: le chef de la coalition sortante – une alliance du VVD et des sociaux-démocrates du Parti du travail (PVDA) – a un double objectif. «Aller pêcher dans le vivier de M. Wilders», comme l’écrit le quotidien De Volkskrant, et conforter la fraction la plus à droite de sa propre formation, guère éloignée de ceux que les politologues ont baptisé les «Néerlandais en colère». Un groupe informel qui, depuis une quinzaine d’années, exprime une sourde rancœur contre la politique et est parvenu à focaliser le débat public sur les thèmes de l’identité, de la politique d’asile et de l’intégration.

Attaque frontale

Ce sont ces électeurs que Geert Wilders coalise actuellement en prônant la fermeture des mosquées ou l’interdiction du Coran. Sans les nommer, Mark Rutte vise désormais, lui aussi, les musulmans. Il déplore ainsi ceux qui s’en prennent «aux homosexuels, aux femmes en jupe courte» ou traitent de «racistes» les Néerlandais moyens.

Geert Wilders n’a pas tardé à comprendre le sens d’une manœuvre destinée à séduire son électorat, quelques jours après que le premier ministre et son parti ont indiqué qu’ils ne gouverneraient pas avec le PVV et refuseraient même de négocier un soutien extérieur de ce parti à une coalition, comme ce fut le cas en 2010.

«Mark sème, Geert va récolter», a indiqué le PVV dans un tweet, tandis que son dirigeant publiait une photo de Mark Rutte assortie d’une légende le traitant de menteur. «C’est l’homme des frontières ouvertes, du tsunami de l’asile, de l’immigration de masse, de l’islamisation, des mensonges et de la tricherie», renchérissait Geert Wilders un peu plus tard.

L’attaque frontale de Mark Rutte contre son ancien collègue de parti l’expose désormais à un double risque. D’abord que, selon un phénomène classique en politique, les électeurs préfèrent l’original à la copie, d’autant que le premier ministre paraît soudain légitimer certains thèmes de l’extrême droite. Ensuite que Geert Wilders se déchaîne en rappelant les promesses non tenues de son rival: une diminution des impôts à hauteur de 1000 euros pour chaque contribuable, «plus un sou pour la Grèce» ou des mesures pour renforcer la qualité des soins aux personnes âgées, un thème très cher à Geert Wilders.

Un bon meneur de campagne

Apparaissant déjà aux yeux de nombreux Néerlandais comme un homme aux convictions particulièrement flexibles, le premier ministre sortant devra batailler ferme face aux attaques et aux messages chocs de son adversaire. Celui-ci ne manquera pas, en outre, de souligner que, s’il veut gouverner sans le PVV, Mark Rutte devra chercher des alliés au centre et à gauche, ce qui l’empêchera de traduire en actes le tonitruant «Dégage!» qu’il lança, dès l’été 2016, à destination d’un groupe de trublions d’origine turque.

Au VVD, on se montre toutefois confiant quant à l’issue du duel qui s’annonce. Le politologue André Krouwel estime que, même s’il a été «l’un des moins bons premiers ministres» de son pays, Mark Rutte est, en revanche, un meilleur meneur de campagne électorale.