Donald Trump, au Lincoln Memorial, sur le National Mall de Washington, pour évoquer la réouverture du pays en pleine pandémie, mais dans un format tout à fait inhabituel. Pas de public, juste deux journalistes et lui sous l'imposante statue d'Abraham Lincoln, et des messages vidéos de citoyens posant des questions. Voilà à quoi a ressemblé le «Town Hall» retransmis en direct dimanche soir par Fox News pendant deux bonnes heures. Pressé de relancer l'économie et de pouvoir à nouveau électriser les foules lors de meetings électoraux, le président a contredit les scientifiques de la Taskforce Covid19 en soulignant qu'un vaccin sera trouvé «avant la fin de l'année». Il a réitéré ses attaques vis-à-vis de la Chine. Et prédit une année 2021 «incroyable» sur le plan économique. 

Cette «vicieuse chose»

Le choix du lieu, fort en symboles, a fait polémique. Donald Trump n'a fait que la raviver, en affirmant avoir été «bien plus mal traité qu'Abraham Lincoln». Il a déploré la façon dont les médias et ses adversaires le traitent, en se comparant au seizième président américain, vainqueur de la Guerre de Sécession et mort assassiné cinq jours plus tard. Quelques heures plus tôt, l'ancien président George W. Bush lançait un appel à l'unité et à la compassion via une vidéo. 

Placée sous le thème «America together: returning to work» (L'Amérique ensemble: retourner au travail), l'émission était consacrée au délicat débat du moment sur la relance des activités économiques, alors que le décompte macabre dépasse désormais les 67 000 morts aux Etats-Unis. Plus d'une trentaine d'Etats américains sont déjà en train de lever des restrictions. Des tensions apparaissent entre gouverneurs et maires et des manifestations anti-confinement ont été organisées.

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Donald Trump est apparu plutôt calme et détendu, sans prompteur ni notes. Il a joué la même partition que ces derniers jours: il faut rouvrir le pays «rapidement, mais de manière sécurisée». Le nombre de décès pourrait franchir la barre des 90 000, admet-il désormais. Il dit comprendre la crainte des Américains face à cette «vicieuse chose», qu'il qualifie de «fléau». Mais insiste: «Nous devons relancer les activités, tout en respectant certaines mesures pour se protéger.» Il donne le ton, mais c'est ensuite aux Etats de décider quand déconfiner et à quel rythme, chacun étant touché différemment par la pandémie. Les discussions entre certains gouverneurs et le président ont d'ailleurs donné lieu à de vifs échanges. 

Sur le vaccin que tout le monde attend, le républicain a à plusieurs reprises parlé de fin 2020. Alors même que l'épidémiologiste Anthony Fauci, qui apparaît souvent lors de ses points presse, a souligné qu'il faudra du temps, probablement plus d'un an. Mais Donald Trump est impatient. «Nous pensons que nous aurons un vaccin d'ici la fin de cette année», a-t-il lancé dimanche soir. «Les médecins vont dire: vous ne devriez pas dire cela. Je dis ce que je pense.» Une centaine de projets de vaccins antoi-Covid19 sont actuellement à l'étude. 

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«Personne n'en meurt!»

Entre deux attaques contre la Chine, il a aussi été question du remdesivir, un antiviral qui a servi à traiter des patients atteints d'Ebola, sur lequel les Américains misent désormais beaucoup. Et du recours, controversé, à la chloroquine, un antipaludéen. Dans les deux cas, le président affiche une stratégie claire: prêcher par excès d'optimisme, sans tenir compte des précautions scientifiques d'usage. Et pourquoi ne pas essayer, tant que ça ne tue personne?: tel est le mantra de Donald Trump, oubliant que recourir à des produits potentiellement inadéquats peut dans certains cas aggraver la situation voire s'avérer mortels. «Les démocrates préfèrent voir des gens - je vais être gentil, je ne vais pas dire mourir - mal en point, plutôt que de me permettre d'avoir du crédit pour une solution qui pourrait être bonne», a-t-il mis en avant. Récemment, le président a déclenché un tollé en suggérant d'avaler des désinfectants. A tel point que des fabricants ont dû s'empresser de démentir ses propos. 

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Le président est régulièrement attaqué pour avoir peu tenu compte des avertissements des services de renseignement sur la pandémie. Dimanche soir, Donald Trump, rejoint par le vice-président et le Secrétaire au Trésor pour la dernière demi-heure de l'émission, s'est défendu en affirmant avoir au contraire réagi très vite, notamment en interdisant les vols depuis la Chine. Il estime avoir probablement sauvé ainsi des «millions de vies». «Joe Biden avait qualifié ma décision de xénophobe et il vient de m'envoyer une lettre d'excuse», a-t-il révélé.  

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Impatient de sortir de Washington, Donald Trump relance sa campagne cette semaine. Il se déplacera dans l'Arizona et dans l'Ohio. Ses chances de réélection le 3 novembre dépendront surtout de sa gestion de la pandémie et de la grave crise économique qu'elle provoque. Pendant ce temps, son rival, le démocrate Joe Biden, est contraint de faire campagne depuis son sous-sol. Sa principale difficulté actuellement a un nom: Tara Reade. Cette ancienne employée du temps où il était sénateur l'accuse de l'avoir harcelée sexuellement en 1993. Vendredi, Joe Biden est sorti de son silence, pour publiquement nier les accusations. Mais la polémique reste vive. 

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