Paris

Camps de migrants démantelés, Paris défiguré

L'importante opération de police lançée jeudi pour démanteler les camps de migrants installés au nord de Paris laisse place à un cauchemar humain, sanitaire et visuel

Un spectacle de désolation. Des centaines de tentes encore accrochées aux rebords du boulevard périphérique. Des matelas qui s'entassent sur les barrières de sécurité, à moins d'un mètre des véhicules bloqués depuis l'aube dans un énorme embouteillage. Des files de migrants, pour la plupart originaires d'Afrique, du Maghreb, de Syrie, d'Irak, du Pakistan et d'Afghanistan, parqués sous les ponts de ce boulevard circulaire qui sépare Paris de son immédiate banlieue, avant d'être réinstallés provisoirement dans des gymnases ou autres bâtiments public...

L'évacuation des bidonvilles de la Porte de la Chapelle et de Saint Denis, la commune qui jouxte la capitale française, donne une idée de l'enjeu humanitaire et sanitaire engendré par la présence de milliers de migrants clandestins aux abords de Paris. Misère, maladies, trafic de drogue, mendicité, criminalité...Depuis des mois, cette zone que domine la silhouette du Stade de France vivait une insupportable descente aux enfers.

Une évacuation à proximité du futur village olympique

L'intervention musclée des forces de l'ordre, à la fin de la nuit, n'intervient pas à n'importe quel moment. Elle coïncide pile avec les annonces de vingt mesures pour réguler l'immigration faites mercredi par le premier ministre Edouard Philippe, et au lendemain de l'investiture de Rachida Dati comme candidate de droite à la mairie de Paris pour les municipales de mars 2020. Elle intervient aussi deux jours après la pose de la première pierre du futur village olympique des J.O d'été de Paris 2024 dans une zone située à proximité des campements de migrants, sur une cinquantaine d'hectares entre les communes de Saint-Ouen et de la Plaine Saint-Denis.

En savoir plus sur les annonces d'Edouard Philippe:  La France veut trier les migrants

D'autres évacuations devraient intervenir dans les jours prochains, sur des bidonvilles situés cette fois plus à l'est le long du même boulevard périphérique, porte d'Aubervilliers. A chaque fois, les associations de riverains étaient mobilisées depuis des mois, dénonçant la dégradation de la sécurité et l'insalubrité. Au complexe sportif de la porte de la Chapelle, boulevard Ney, les entrainements de football chaque mardi, jeudi et vendredi étaient devenus des exercices périlleux, sous la surveillance des trafiquants et des consommateurs de crack. De plus en plus de familles refusaient d'y envoyer leurs adolescents. 

120 000 personnes en 2018: record du nombre de demandeurs d'asile

Deux défis attendent maintenant l'Etat et la municipalité de Paris, dont les compétences sont limitées en matière d'accueil et de contrôle des migrants. Le premier est la réinstallation du millier de migrants évacués de la Porte de la Chapelle dont les demandes d'asile, lorsqu'elles ont été déposées, prendront environ six mois avant d'être traitées. En sachant que seuls 15% des décisions de renvoi des clandestins déboutés dans leurs pays d'origine sont exécutées en France.

A Calais, où la fameuse «jungle», immense bidonville sur les dunes près du port a été démantelée en octobre 2016, de nouveaux campements de migrants désireux de partir pour le Royaume uni réapparaissent sans cesse. Plus de 120 000 personnes ont demandé l'asile en France en 2018, un record et une augmentation de 22% par rapport à l'année précédente. Parmi les mesures proposées par le gouvernement figure la restriction de l'accès aux soins médicaux – hors urgences – pour les demandeurs d'asile, jusque là entièrement gratuit.

Le second défi est évidemment, pour la ville de Paris, la réappropriation de ces parages nord et est, devenus des «jungles» dignes d'une métropole du tiers-monde. Pour l'heure, une présence policière permanente sera assurée pour éviter la réinstallation de migrants. Mais comment faire pour que la capitale française ne soit pas, partout, hérissée de barrières et de grillages pour empêcher de nouveaux campements. De plus en plus d'axes parisiens sont aujourd'hui hérissés de hauts grillages, donnant à ces quartiers une allure carcérale, ou l'apparence de chantiers permanents. L'arrivée sur Paris en provenance de l'aéroport Charles de Gaulle est aussi misérable, indigne d'une grande capitale européenne. Les camps de migrants sont peut être démantelés, mais Paris reste défigurée. 

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