«Nous voulons équiper les Forces armées canadiennes le plus vite possible», a répété la semaine passée le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, lors de l'annonce de l'acquisition de nouveaux équipements militaires. Les soldats canadiens disposeront bientôt de 2300 camions, trois navires de ravitaillement, 21 avions de transport de troupes et de dizaines d'hélicoptères supplémentaires. Ces dépenses atteignent 15 milliards de dollars et ne sont qu'une première étape.

«Pendant 13 ans, le gouvernement libéral a fait fi des besoins des Forces canadiennes. La modernisation de la flotte de transport aérien tactique est depuis longtemps une priorité militaire et en est une pour le gouvernement actuel», a ajouté le ministre O'Connor. Ancien lobbyiste dans le domaine de l'armement, Gordon O'Connor s'est défendu d'avoir favorisé certaines entreprises pour lesquelles il a travaillé par le passé.

La militarisation du pays inquiète la population canadienne, pour une nation de tradition pacifiste. Stephen Harper arme les douaniers, renforce les moyens des agences de renseignement et provoque verbalement les groupes terroristes. Pour justifier son action, le chef du gouvernement a tenté de séduire les Canadiens en leur certifiant que certains matériels seraient construits au Canada. Ottawa «veillera à ce que ce projet procure à la population canadienne les meilleures retombées industrielles possibles», a assuré le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier. Rien n'est moins sûr, puisque les hélicoptères Chinook et les avions de transport Boeing C17 sont de conception américaine.

Une escalade dangereuse

Ces choix commerciaux consacrent un rapprochement avec l'administration Bush et un virage dans la politique neutraliste du Canada. Les 2300 soldats canadiens basés en Afghanistan, à Kandahar, participent de plus en plus à des missions de guerre. Ils sont désormais la cible des talibans et depuis le début de l'année, les Canadiens ont perdu une dizaine d'hommes. La population découvre avec surprise que ses soldats ne sont pas là pour des missions humanitaires, comme elle semblait le croire, et que la participation à des opérations de guerre se traduit sur le terrain par des morts. Stephen Harper est conscient des risques de dérapage pour son image et a essayé d'empêcher les médias de couvrir le retour des soldats morts au champ d'honneur.

«Le gouvernement aide les Afghans à reconstruire une nation meurtrie. Le terrorisme est une menace planétaire et nous devons le contrer partout. Nous voulons montrer le leadership du Canada dans le monde», a souligné le premier ministre à la Chambre des communes. Mais hélas pour le premier ministre, la population afghane associe de plus en plus les militaires canadiens aux forces américaines, alors que ces derniers paient un tribut de plus en plus lourd.