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Drapeau du Canada avec une feuille de marijuana, Ottawa, avril 2016.
© Chris Roussakis/AFP Photo

Drogue

Le Canada, premier pays du G7 à légaliser le cannabis

Le Canada légalisera le 17 octobre prochain la consommation et la vente de marijuana. Si le gouvernement, l’opinion publique et les milieux économiques s’en réjouissent, le corps médical et certains patrons s’inquiètent des conséquences de cette légalisation

«Le compte à rebours jusqu’à la légalisation du cannabis est enclenché», a titré jeudi en une le quotidien canadien The National Post. Au tournant des années 2000, l’ancien premier ministre libéral Jean Chrétien a envisagé de légaliser la marijuana. Justin Trudeau en a fait une promesse de campagne électorale en 2015. Après avoir obtenu l’aval du parlement cette semaine, il a tenu parole. La consommation et la vente de marijuana seront légalisées le 17 octobre prochain. A un peu plus d’un an d’élections générales, le coup est bien joué. Les Canadiens pourront acheter, consommer et cultiver jusqu’à quatre plants de cannabis chez eux, si tant est qu’ils soient âgés d’au moins 18 ans.

Un projet historique

Le Canada devient ainsi le premier pays du G7 à légaliser cette drogue et le deuxième au monde derrière l’Uruguay. La ministre de la Santé du Canada, Ginette Petitpas Taylor, a tweeté hier: «Je suis heureuse que la loi sur le cannabis ait été adoptée par le parlement. Ce projet de loi historique met fin à la prohibition et fait place à une politique responsable et équitable.» Les Canadiens sont pour près des deux tiers favorables à une telle mesure.

Ottawa a toujours peiné à contrôler le trafic du cannabis. Ainsi, le mythique et très touristique Mont-Royal de Montréal est depuis des années le rendez-vous des dealers de «pot» (marijuana en québécois). Les revendeurs proposent leur drogue aux consommateurs, sans se cacher des forces de police. Alors, afin de venir à bout de cette petite délinquance, le gouvernement de Justin Trudeau a décidé de légaliser la commercialisation du cannabis cette année. Ottawa estime que, grâce à la reprise en main de l’affaire par l’Etat, le crime organisé sera balayé du secteur de la marijuana.

Un marché riche

Voilà pour la version officielle. Car si Justin Trudeau a annoncé la date du 17 octobre prochain pour la légalisation du «pot», les acteurs économiques se préparent depuis l’élection de Trudeau en 2015 à ce qui promet d’être une manne non négligeable. Dans un rapport détaillé intitulé «Légalisation du cannabis: considérations financières», publié en novembre 2016, le directeur parlementaire du Budget, Jean-Denis Fréchette, a estimé que les dépenses totales des consommateurs de cannabis s’élèveront entre 4,2 milliards et 6,2 milliards de dollars canadiens (entre 3,13 et 4,62 milliards de francs) cette année.

Lire aussi: Justin Trudeau l’avait promis: le Canada s’apprête à légaliser le cannabis (revue de presse)

Dans les provinces plus pauvres du pays, comme le Nouveau-Brunswick, la légalisation est même une aubaine pour un marché du travail déprimé. Au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, des professeurs forment depuis cette année une petite trentaine de techniciens du cannabis. Les étudiants y apprennent toutes les étapes pour faire pousser la plante de cannabis, à travers des cours de botanique ou de production industrielle. Quelques entreprises se sont implantées dans la région. L’une des plus importantes, Zenabis, a prévu d’embaucher 450 personnes dans son usine lorsque le cannabis sera légalisé.

Chaque province est libre d’organiser la vente de cannabis comme bon lui semble. Les ministres des Finances des dix provinces du Canada se sont réunis l’an dernier pour encadrer la vente et fixer un prix pour le gramme de cannabis légal – il devrait se monnayer en moyenne 10 dollars canadiens (7,46 francs). Si la plupart des provinces, comme le Québec, ont choisi de contrôler la vente dans des boutiques d’Etat, notamment dans les Liquors Stores (les boutiques de vente d’alcool), l’application de la loi fédérale différera selon les provinces. Québec interdira aux citoyens de La Belle province de cultiver du cannabis chez eux. «Je dis aux citoyens: soyez vigilants! C’est la loi du Québec qui prévaut», a confié à Radio-Canada la ministre déléguée à la Santé du Québec, Lucie Charlebois.

Craintes et protection

Les entrepreneurs sont aussi préoccupés. Selon un sondage mené en novembre dernier par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec, 73% des conseillers en ressources humaines sont préoccupés par la légalisation de la marijuana dans les milieux du travail. Les craintes des entrepreneurs concernent l’absentéisme, la baisse de productivité et une hausse des accidents de travail. Le corps médical et les chercheurs ont souvent dénoncé les effets de cette légalisation sur la santé des jeunes et ont demandé sans succès une interdiction de la vente avant 21 ans. Un sondage de l’institut CROP effectué en mai 2017 révèle qu’un tiers des jeunes de 18 à 34 ans pourraient se laisser tenter une fois le cannabis légalisé. L’ex-ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a pour sa part déclaré: «La légalisation du cannabis n’est pas un fardeau, mais bien une occasion de protéger nos jeunes.»

Une vision que partage Justin Trudeau. Le chef du gouvernement a reconnu avoir fumé quelquefois du «pot» avec des amis. C’était avant qu’il ne devienne premier ministre.

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