«Le Protocole de Kyoto est une erreur que le monde ne doit jamais répéter», a confié le premier ministre conservateur Stephen Harper lors de la clôture du sommet du Commonwealth, le 25 novembre. Le chef du gouvernement, qui doit son élection aux riches pétroliers de l'Alberta, refuse que le secteur énergétique canadien soit soumis à des règles qui pourraient contribuer à réduire la production de pétrole. Son ministre de l'Environnement, John Baird, a déclaré en avril dernier, non sans ironie et chiffres à l'appui: «Si nous appliquions Kyoto, 275000 Canadiens perdraient leur emploi d'ici à 2009, le prix de l'électricité bondirait de 50% après 2010 et le coût du plein d'essence pour une voiture augmenterait de 60%.»

Des paroles simples, mais qui reflètent l'état d'esprit dans lequel le Canada participe à la conférence de Bali qui s'est ouverte lundi. Lors du sommet des 53 pays du Commonwealth, Stephen Harper est parvenu à bloquer un accord imposant des cibles contraignantes dans la lutte contre les changements climatiques. «Je suis un peu déçu», a déploré le premier ministre de Malaisie, Abdullah Badawi. Avec une mauvaise foi singulière, John Baird proposera toutefois à Bali un plan global de lutte contre les changements climatiques en vertu duquel tous les pays pollueurs devront s'entendre sur des objectifs d'ici à 2009! A ceci près que ceux-ci seront modulables en fonction des impératifs économiques de chaque pays. Le Canada possède les deuxièmes réserves de pétrole de la planète et il ne serait dès lors contraint, selon Ottawa, à aucun effort pour lutter contre le réchauffement climatique.

L'opposition sensibilisée

«Stephen Harper continue sur les traces (du président des Etats-Unis) George Bush. C'est tellement désolant pour le Canada», a souligné un porte-parole du Parti néodémocrate. La position du Canada pourrait cependant changer. Le gouvernement conservateur est minoritaire à la Chambre des communes. Sur la scène politique intérieure, l'environnement est devenu un enjeu majeur. Le chef du principal parti d'opposition, le libéral Stéphane Dion, pourfend quotidiennement Stephen Harper sur ce thème, soutenu par les autres partis. Stéphane Dion, encore moins charismatique que Stephen Harper, hésite cependant à renverser le gouvernement. Si le leader libéral, un ancien ministre de l'Environnement, se sent investi d'une mission de lutte contre les changements climatiques, il n'a guère fait ses preuves par le passé.

Malgré de belles paroles, les anciens gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin n'ont guère pris des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Entre 1990 et 2004, les émissions de GES ont augmenté de 26% au Canada.

Si l'opinion publique se plaint de l'attitude du gouvernement conservateur en matière d'environnement, les Canadiens ne sont pas prêts pour autant à faire des économies d'énergie. La revue de Toronto Mac Leans remarquait dans sa dernière édition que le Canada est perçu comme un pays écologiste par une bonne partie du monde. «Tout le monde nous aime», a titré le magazine qui, au terme d'une longue étude, remarque que 69% des Italiens et 52% des Britanniques jugent que le Canada est un leader dans la lutte contre les changements climatiques. Il reste qu'après l'annonce de la ratification du Protocole de Kyoto par l'Australie lundi et la fin de l'ère de George Bush, Stephen Harper apparaît de plus en plus isolé.