Il aura fallu un mois et demi pour connaître le nom du nouveau président péruvien. Le candidat de la gauche radicale et novice en politique, Pedro Castillo, a été proclamé lundi vainqueur de l'élection présidentielle après le scrutin du deuxième tour du 6 juin.

«Je proclame président de la République José Pedro Castillo Terrones», a déclaré le président du Jury national des élections (JNE), Jorge Luis Salas, lors d'une brève cérémonie virtuelle qui clôt des semaines de suspense après un scrutin particulièrement serré.

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«Au nom de ma famille, je voudrais saluer les autorités électorales (...), saluer également les partis politiques qui ont participé à cette fête démocratique», a lancé Pedro Castillo, peu après la proclamation, devant des centaines de partisans réunis au siège de son parti Peru Libre à Lima. «Chers compatriotes, mon coeur est ouvert à chacun d'entre vous!», a ajouté l'ancien instituteur, depuis le balcon du siège du parti, arborant son traditionnel chapeau blanc, typique de sa province natale de Cajamarca (nord).

Il prendra ses fonctions le 28 juillet, jour de l'expiration du mandat du président intérimaire Francisco Sagasti, nommé après une énième crise institutionnelle qui avait vu le pays avoir pas moins de trois présidents en une semaine.

La fin de semaines de tensions

L'autorité électorale, chargée d'examiner les recours, a confirmé lundi les résultats délivrés il y a plusieurs semaines par l'Organe national du processus électoral (ONPE) en charge de l'organisation du scrutin.

A l'issue du dépouillement de 100% des bulletins de vote, l'ONPE avait donné Pedro Castillo, 51 ans, vainqueur avec 50,12% des voix, contre 49,87% des suffrages à sa rivale, la candidate de la droite populiste, Keiko Fujimori. Selon les résultats actualisés par le JNE, Pedro Castillo l'emporte avec 44 263 voix d'avance sur la fille de l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000).

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Les centaines de partisans du président élu, qui campaient depuis des semaines en soutien à leur candidat devant le siège du JNE dans le centre de Lima, ont laissé éclater leur joie. «Nous avons enfin un président!», s'est réjouie auprès de l'Agence France Presse (AFP) Rosa Huaman, une femme au foyer de 27 ans, alors que la foule scandait «Yes we could!» («nous l'avons fait!» en anglais).

Pendant des semaines, des milliers de Péruviens étaient descendus dans les rues, manifestant pour l'un ou l'autre des deux candidats à la présidentielle.

Fujimori reconnaît les résultats

Peu avant l'annonce du résultat définitif, Keiko Fujimori, qui avait insinué début juillet qu'elle ne reconnaîtrait pas la victoire de son concurrent, a fait volte-face.

«Aujourd'hui, j'annonce qu'en remplissant mes engagements, mon engagement envers tous les Péruviens (...) envers la communauté internationale, je vais reconnaître les résultats car c'est ce qu'exigent la loi et la Constitution que j'ai juré de défendre», a-t-elle déclaré en conférence de presse. «J'appelle les Péruviens à ne pas baisser les bras et à mettre en oeuvre une défense démocratique.»

La fille d'Alberto Fujimori avait jusque-là multiplié les accusations de «fraudes» contre son adversaire. Elle avait demandé l'invalidation de plusieurs dizaines de milliers de suffrages. Visée par une enquête pour des pots-de-vin présumés lors de ses campagnes présidentielles de 2011 et 2016, où elle avait déjà échoué au second tour, elle a déjà effectué 16 mois de détention préventive et, faute d'immunité présidentielle, risque désormais 30 ans de prison.

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A rebours de ses accusations, la mission d'observation de l'OEA, les Etats-Unis et l'Union européenne avaient estimé que le scrutin au Pérou avait été libre et transparent.