états-unis

Les candidats démocrates boudent Barack Obama

Le président est «ignoré», avant des élections de mi-mandat, le 4 novembre, délicates pour son camp. La majorité démocrate au Sénat est menacée

Les candidats démocrates boudent Obama

Etats-Unis Le président est «ignoré», avant des élections délicates pour son camp

Les «midterm» se tiennent mardi prochain

Ne demandez surtout pas à Alison Lundergan Grimes si elle a voté Barack Obama aux élections présidentielles de 2008 et de 2012, vous porteriez atteinte à la confidentialité du vote! La candidate démocrate au siège de sénateur du Kentucky, qu’occupe depuis trente ans le républicain Mitch McConnell, a campé avec obstination sur cette ligne de crête fragile, tout d’abord face à la rédaction du Courier-Journal, le quotidien de Louisville, la principale ville de l’Etat, puis au cours de l’unique débat l’opposant à son adversaire, le 13 octobre.

Pugnace aux dépens du sénateur sortant lors du rendez-vous politique annuel de l’Etat, le pique-nique de Fancy Farm – tribune champêtre offerte début août aux principaux élus du Kentucky dans une atmosphère de chamboule-tout –, Alison Lundergan Grimes avait diffusé ensuite un clip de campagne intitulé I’m not Barack Obama dans lequel, un fusil encore fumant à la main, elle listait ses désaccords avec le président. Sur les armes, bien sûr, dont le président avait voulu limiter la vente après la tuerie de l’école de Sandy Hook, en décembre 2012. Mais aussi sur le charbon qui garantit au Kentucky une électricité bon marché, mais à un coût élevé pour l’environnement.

De tous les Etats cruciaux pour le contrôle du Sénat, qui constitue le principal enjeu des élections de mi-mandat du 4 novembre, c’est au Kentucky que l’impopularité du président est en moyenne la plus forte. Steve Wilson, directeur de la rédaction du Paducah Sun, quotidien de l’Ouest sudiste du Kentucky où se déroule le fameux pique-nique, doute que le refus de dévoiler son vote aux deux présidentielles, qui a suscité la risée à Washington, ne pénalise véritablement Alison Lundergan Grimes. Le Courier-Journal lui a d’ailleurs apporté publiquement son soutien le 26 octobre.

«Comme la marque démocrate est endommagée, elle s’efforce de s’en démarquer», estime Steve Voss, professeur de sciences politiques à la Kentucky University de Lexington. «Cet Etat est conservateur, mais il n’a pas de problème avec un leadership féminin, un héritage de la période de la frontière pendant laquelle le rôle des femmes comptait. Son fameux clip jouant sur les valeurs locales a été assez bien perçu», ajoute-t-il.

Une campagne de selfies, c’est en fait à quoi s’est résumée celle du candidat démocrate type de ces élections de mi-mandat, traditionnellement délicates pour les présidents en place, a fortiori après une réélection. La tactique adoptée par Alison Lundergan Grimes a été dupliquée en Géorgie – même si la candidate Michelle Nunn a fini par avouer l’évidence sur ses votes de 2008 et de 2012 – et dans tous les Etats où les sénateurs sortants sont en difficulté.

En Alaska comme en Arkansas, Mark Begich et Mark Pryor ont pris leurs distances avec l’administration démocrate sur la question des armes. Tout comme la candidate de Virginie-Occidentale, où le siège abandonné par un sénateur qui prend sa retraite politique est en passe d’échapper aux démocrates. En Louisiane, Mary Landrieu, la présidente de la commission du Sénat pour l’énergie et les ressources naturelles, n’a de cesse de critiquer les atermoiements de l’exécutif sur la question de la construction de l’oléoduc Keystone XL, qu’elle soutient pour offrir notamment un débouché américain au pétrole de l’Alberta canadien.

Alors que les questions de politique étrangère restent marginales dans un débat dominé par l’économie, le président Obama a tenté de se prévaloir des bons chiffres du chômage, désormais inférieur à 6% de la population active. «Mon nom ne figure pas sur les bulletins de vote cet automne, mais ne vous y trompez pas, c’est le cas de toutes mes politiques», avait-il d’ailleurs assuré le 2 octobre. Quatre jours plus tard, son ancien conseiller David Axelrod qualifiait d’«erreur» cette déclaration, reprise à leur compte par les républicains pour embarrasser leurs adversaires.

Près des deux tiers des Américains continuent par ailleurs de considérer que leur pays va «dans la mauvaise direction», en grande partie parce que les classes moyennes n’ont pas tiré profit de la reprise de l’économie. Leur niveau de vie reste au niveau de celui qui était le leur en 1987, selon une étude publiée en octobre par le National Bureau of Economic Research.

La question de l’inégalité, au centre du discours annuel sur l’état de l’Union en janvier, a comme disparu de l’agenda démocrate, de même que la hausse du salaire minimum, qui aurait pu pourtant mettre en difficulté des républicains divisés sur le sujet. Le Kentucky en avait d’ailleurs été le théâtre début octobre lorsque Mitt Romney, candidat républicain malheureux à l’élection de 2012, en avait défendu le principe au cours d’une visite de soutien à Mitch McConnell qui, lui, s’oppose fermement à toute revalorisation des minima salariaux.

Alors que le battu de la dernière élection présidentielle est accueilli partout à bras ouverts, jusqu’à susciter d’improbables spéculations sur une nouvelle candidature, le président peut, lui, compter sur ses doigts le nombre d’Etats où il est considéré comme le bienvenu. Lors d’une visite dans le Colorado, en juillet, le sénateur démocrate sortant, Mark Udall, avait même prétexté un vote à Washington pour ne pas s’exposer à ses côtés au cours d’une collecte de fonds, un exercice auquel le président continue pourtant d’exceller.

Barack Obama s’est rendu dans le Wisconsin, puis dans le Maine, Rhode Island, le Michigan, le Connecticut et enfin en Pennsylvanie, avant le 4 novembre. Cette mini-tournée ne doit pas faire illusion. Aucun des Etats où se jouera le contrôle du Sénat ne figure en effet à son programme.

Dans un clip, Alison Lundergan Grimes, un fusil à la main,liste ses désaccords avec le président

Publicité