Jusqu’à ce soir, les six candidats à la primaire socialiste ont adroitement évité de s’affronter en direct. Quelques piques ont été échangées, mais à distance. Ils se sont tous rendus à La Rochelle, mais durant les trois jours de l’université d’été, Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Manuel Valls se sont livrés à un subtil chassé-croisé, fait de brèves rencontres savamment mises en scène et d’une plénière par personne, pour permettre à chacun de dérouler sans heurt son argumentaire. Rejoint par le sixième candidat, l’outsider Jean-Michel Baylet, président des radicaux de gauche, les cinq socialistes ont posé ensemble pour la photo de famille finale, sans avoir débattu ensemble de leurs propositions.

Indécision des votants

La soirée organisée jeudi à 20 h 35 sur France 2, dont le déroulé est réglé au cordeau, constitue le premier de trois exercices du genre avant le 9 octobre, date du premier tour de la primaire de désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Après la présentation des six personnalités, suivie de questions sur leurs solutions pour sortir de la crise, un débat de trois quarts d’heure est prévu. C’est là que chacun pourra marquer ses différences.

A vingt-cinq jours de la primaire, l’indécision des votants – tout sympathisant de gauche inscrit sur les listes électorales – est encore grande: environ 45% des personnes interrogées par Ipsos début septembre admettent pouvoir encore changer d’opinion. La soirée est des plus importantes pour le favori, François Hollande, et sa principale rivale Martine Aubry, suivis par Ségolène Royal.

Le député de Corrèze continue à maintenir son avance dans les sondages, installé à cette place depuis la chute de Dominique Strauss-Kahn à la mi-mai. Selon le sondage Ipsos, l’ancien secrétaire du parti obtient 30% des intentions de vote à la présidentielle, contre 27% à la maire de Lille et 19% à la présidente de la région Poitou-Charentes. Un sondage Viavoice conforte cette analyse. François Hollande bénéficie d’un «net crédit d’opinion» avec une popularité établie à 55% contre 45% pour Martine Aubry et 33% pour Ségolène Royal. Sur le terrain, l’engouement se vérifie. Lundi soir, à Paris, des dizaines de personnes sont restées sur le trottoir tant la salle accueillant son meeting était pleine à craquer. François Hollande, au profil plutôt centriste, mise sur la jeunesse, promet de réengager des milliers de professeurs, tout en tenant parallèlement un discours emprunt de rigueur budgétaire.

Le retard de Martine Aubry

Martine Aubry, qui s’est déclarée fin juin, alors que son rival était en campagne depuis plusieurs mois déjà, ne parvient pas à combler son retard. Son équipe a d’abord compté sur la période estivale, puis sur l’après-La Rochelle, mais pour l’heure rien n’y fait. «Cette fragilisation d’image s’inscrit notamment dans le contexte de l’affaire Guérini et du refus, par Martine Aubry, de le sanctionner après la diffusion du rapport Montebourg. Elle entre, plus largement, dans le contexte d’une campagne jugée insuffisamment convaincante par une partie des sympathisants de gauche», estime François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice.

Ségolène Royal, de son côté, croit fermement en ses chances. Elle vient de présenter un «contrat à la nation» dans lequel elle s’engage à construire son «ordre social juste». L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 dénonce «les coups vraiment violents» assénés par les sondages, «alors qu’on ne sait même pas qui va voter à la primaire et que la moitié des gens n’ont pas fait leur choix». Les deux autres candidats considérés comme des challengers, Arnaud Montebourg et Manuel Valls, partagent probablement cette analyse. Les uns et les autres multiplient les déplacements, dans des villes clés d’Ile-de-France, dans les départements de métropole et d’outre-mer, ainsi qu’à l’étranger. Martine Aubry, très présente sur le thème de la crise des dettes souveraines et de l’euro, vient de se rendre à Berlin, tandis que le député-maire d’Evry s’est intéressé en Grande-Bretagne, à la sécurité dans les banlieues.