Au huitième étage des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), deux paravents masquent le bout d’un couloir. Derrière, un imposant garde du corps. Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, y est-il hospitalisé? Le personnel médical se retranche derrière le secret médical, et le service de communication ne veut pas s’exprimer sur le sujet.

La présence du chef de l’Etat aux HUG a toutefois été relayée par la Tribune de Genève mercredi midi. Mohamed Larbi Zitout, un opposant au régime, confirme également avoir eu connaissance de cette nouvelle, de «source sûre». L’avion présidentiel a, quant à lui, atterri dimanche soir à Genève, à 20h14 plus précisément.

Déclarations contradictoires

«S’il se trouve aux HUG, c’est que son état de santé est vraiment problématique», déclare Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Il explique: «C’est difficile de garantir la sécurité du président Bouteflika dans ces bâtiments. De plus, on sait que ses médecins traitants se trouvent à la Clinique de Genolier, qu’il fréquente régulièrement.»

Cette nouvelle contredirait donc l’agence de presse officielle algérienne selon laquelle le président Bouteflika est présent à Genève pour «effectuer ses contrôles médicaux périodiques». Pour elle, le séjour d’Abdelaziz Bouteflika sera «court».

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Candidature acceptée?

La date butoir? Dimanche 3 mars, dernier jour pour déposer le dossier de candidature aux élections présidentielles du 18 avril. «Théoriquement, la candidature doit être déposée par le candidat en personne. Il sera aussi appelé à dire quelques mots», explique Hasni Abidi. Mais pour le chercheur, «l’Algérie ne brille pas par son attachement à la démocratie et le président du Conseil constitutionnel est sous la coupe du pouvoir, il y a moyen qu’il accepte la candidature, comme il l’a fait en 2014. Le candidat n’a alors prononcé que quelques mots difficilement audibles.»

L’ancien ministre du Trésor Ali Benouari, aujourd’hui opposant au régime et installé à Genève, pense, quant à lui, que «le Conseil constitutionnel ne validera pas la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Aucun médecin ne peut signer l’attestation de capacité du président. Il ne reviendra plus en Algérie. Il est à Genève pour mourir dignement». Mohamed Larbi Zitout prend position dans le même sens: «À mon avis il va rester à Genève. Il connaît la ville, il va y mourir.»

«Différents clans»

Au pouvoir depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika a subi un grave AVC en 2013. Il n’a plus pris la parole depuis. Sa dernière apparition publique remonte au 1er novembre. Des images le montrent alors en fauteuil roulant, le regard hagard. Des images qui n’ont pas laissé les Algériens indifférents.

Pourtant, la majorité au pouvoir avait choisi Abdelaziz Bouteflika comme candidat. Cela, malgré son état. Un moyen de garder la stabilité qui a caractérisé les vingt années de sa présidence. Mais aujourd’hui, les manifestations changent la donne. Avec une rue qui gronde, «l’establishment est affolé et cherche un remplaçant. Différents noms circulent. Mais les délais sont très courts. Les différents clans, qui n’ont rien en commun à l’exception du pouvoir, vont avoir du mal à se mettre d’accord. En plus, ils doivent trouver les 60 000 signatures de parrainage pour le 3 mars», affirme Mohamed Larbi Zitout.

Pour le remplacer, il faudrait une personnalité prête à garantir les intérêts de tout l’establishment. Mais au final, pour Hasni Abidi, «tout dépendra de la façon dont vont réagir les services de l’ordre et l’armée face à la pression de la rue. L’évolution des rapports de force entre les différents acteurs sera cruciale.»