La tension est montée d’un cran à Bangkok vendredi. Pour la première fois depuis le début des manifestations mi-mars, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau contre les «chemises rouges», qui continuent de défier le gouvernement malgré l’état d’urgence.

Près de 33 000 soldats et policiers supplémentaires ont été déployés dans et autour de la capitale. Ces renforts portent le total des forces de l’ordre à 80 000, soit plus que les 60 000 manifestants recensés jeudi soir, selon les derniers chiffres de la police.

Les «rouges», qui exigent la démission du Premier ministre Abhisit Vejjajiva, ont organisé un convoi vers un centre de diffusion de la télévision satellitaire. Ils entendaient rétablir le faisceau de la «Chaîne du Peuple» (PTV), leur principal outil de propagande, coupé la veille par le pouvoir qui a décidé de rompre ce lien fondamental entre les manifestants de Bangkok et leurs soutiens du nord et du nord-est du pays.

Mandats d’arrêts

Selon une journaliste de l’AFP, les quelque 4000 à 6000 policiers et militaires ont fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes pour les repousser. Des images ont même montré des manifestants dans l’enceinte du centre de diffusion, dont le bâtiment restait protégé par les forces de l’ordre. Au moins quatorze personnes ont été légèrement blessées, ont indiqué des sources médicales.

«Nous maintiendrons la fermeture de PTV par tous les moyens», a prévenu Suthep Thaugsuban, vice-Premier ministre. «Si les manifestants deviennent violents, les responsables de la sécurité sont prêts à répondre avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc».

La justice a émis des mandats d’arrêts contre 24 responsables du mouvement, certains pour avoir pénétré dans la cour du Parlement, d’autres pour violation de l’état d’urgence instauré mercredi et blocage d’un quartier touristique de Bangkok.

«Nous ne craignons pas ces mandats d’arrêts», a déclaré Jatuporn Prompan, un des leaders «rouges», député de l’opposition protégé par son immunité parlementaire. «Le gouvernement redoute que des vitres ne soient cassées dans les centres commerciaux. C’est pour ça qu’il n’a pas encore employé la force».

Usage de la force désastreux

M. Abhisit, qui a dû renoncer à participer un sommet de l’Asean à Hanoï, est pressé par sa majorité de ramener le calme. Mais il sait que l’usage de la force pourrait se révéler désastreux, alors que la nation toute entière se souvient encore d’avril 2009, lorsque deux personnes avaient été tuées et plus de 120 blessées en marge de manifestations des «rouges».

L’opposition accuse le Premier ministre de servir les élites traditionnelles de Bangkok aux dépens des masses rurales et populaires. Au pouvoir depuis décembre 2008 à la faveur de décisions de justice et de renversements d’alliances parlementaires, Abhisit a d’ores et déjà accepté de négocier des élections anticipées, mais pas avant la fin de l’année.